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Christopher Wegwood, le chorégraphe anglais qui dirige Erik, 

a une idée de film sur Nijinsky avec un réalisateur californien. 

Il veut convaincre Erik...

 

L'autre visite fut celle de Wegwood :

- Erik, je dois vous parler de Nijinsky.

- J’ai dansé dans le Sacre du printemps sous votre conduite. Je vais danser le Spectre de la rose et Jeux. Vous tombez à propos pour le danseur russe.

- Oui, mais il ne s’agit pas de cela. J'ai un projet de film avec un Californien. Je vous ai apporté tout un dossier. Le projet n'a de sens qu'avec vous.

- Avec moi ?

- Oui, tout à fait.

- C'est un film sur un danseur qui se met dans les pas de Nijinsky et de toute façon, ni Nicolas Mills qui serait le metteur en scène ni moi-même qui serais le chorégraphe ne verrions quoi que ce soit sans vous ; vous êtes encore souffrant mais d'ici quelques jours, lisez ce que je vous laisse. On en parlera.

- C'est flatteur.

- Non, c'est réaliste.  On sait que ça fonctionne si c'est vous. On va dire que c'est bien vu. On ne vous flatte pas. On sait. En fait, vous êtes notre caution. Vous allez avoir un appel du metteur en scène. Il veut vous rencontrer rapidement.

Ce que lut Erik le troubla profondément. Nijinsky ! Le petit Polonais dont on s'était tant moqué à l'Ecole impériale  avait souffert de ne pas être riche, d'avoir été abandonné par son père, d'avoir un frère malade mental. Amant du Prince Lvov, il avait été présenté très jeune à Serge Diaghilev qui lui avait donné les Ballets russes en exigeant tout de lui. Et il avait tout donné à la danse dans ses envols, ses postures, cette incroyable expressivité qui était la sienne et sa grâce. A Copenhague, tout jeune, il avait vu dans l'appartement de Friederisberg un documentaire sur lui où apparaissaient ses multiples visages : celui du beau Spectre, celui du Faune, celui de Petrouchka, celui de Till l'Espiègle...Et Irina lui en avait parlé, Oleg aussi...

- C'est curieux. Il y a déjà tant d’années qu’on me parle de lui. On me met dans ses pas.

Cette remarque amusa Wegwood.

- Tout dépend du sens que vous donnez à cette expression. Il faut nous répondre, Erik  car c'est le moment précis où vous pouvez le faire.