GRAFFITI MUR A UTILISER ABSOLUMENT

Julian Barney a piégé son ancien compagnon, Erik

et il compte bien, le reconvoquant, savourer sa 

victoire...

 

Comme Erik ne disait rien, il en éprouva une joie secrète car son jeune amant avait l’air abattu, et poursuivit :

- Je n’y étais pas dans le Bronx. J’ai regretté tu sais mais on ne peut pas être partout ! On y va, là. Tu n’y vois pas d’inconvénient ?

Il restait moqueur mais le danseur se taisait, offrant un profil pur et douloureux. Julian risqua encore :

- C’est bien, Erik. J’aime quand tu es docile.

Mais il n’obtint aucune réponse. Ils restèrent silencieux et le chauffeur les conduisit de rue en rue, dépassant des véhicules, lançant çà et là une invective et tentant de parler avec Julian qui se contenta de sourire et de hocher la tête. Puis ils descendirent du taxi et se trouvèrent face à l’immeuble. Erik, s’immobilisa, regardant à terre. Julian dut le prendre par le bras pour le guider vers l’ascenseur puis pour l’en faire sortir. Dans le hall, tandis qu’il prenait du temps pour chercher les clés, il le sentit vidé et dut, une fois encore le prendre par le bras et le  pousser dans le petit appartement où il resta au milieu de la pièce, gardant son manteau d’hiver. Son ami s’attendait à une longue plainte mais, lui tournant le dos, le danseur le déconcerta.

 - Tu les connais depuis longtemps ?

- Plus ou moins. Je connais surtout Clive.

- Tu lui as montré des photos de moi ? Tu lui as donné des renseignements ?

- Oui.

- Il est vraiment marié ? Il a vraiment une fille ?

- Oui, non. Quelle importance !

- Le studio est à toi ?

- Bien sûr que non !

- A qui est-il ?

- Là, je ne te répondrai pas.

- Tu les as vus ensuite et ils t’ont raconté.

- Oui mais sans entrer dans les détails. Au moins, tu auras compris que ta belle liberté a de sérieuses limites. Tu vois, on croit qu’on peut faire ce qu’on veut et puis non. Pas vraiment de prise de distance, mon bel Erik qui pense qu’il est bien le seul dans cette histoire à pouvoir humilier celui qui l’aime sans être lui-même atteint…

Erik se tut et Julian se méprit encore.

- Tu n’es pas timide et tu m’as manipulé, alors, arrête ça, ce mutisme.

Ils étaient arrivés à bon port et le décorateur dut pousser Erik hors du taxi avant de le guider dans l’immeuble où il voulait le conduire. Avec férocité, il le guida jusqu’à la porte de ce studio d’épouvante où le danseur avait signé sa reddition et sa condamnation. L’ayant fait entrer, il sourit avec cruauté à celui qui, lentement, se tournait vers lui.

- Enfin, Erik, enlève ton manteau et pose ton sac : tu es ridicule comme ça !

Erik obéît et son adversaire resta sarcastique :

- Parfait ! Il ne te manque que la parole mais je t’intimide…

- Non.

- Menteur !

- Ce n’est pas ça. Ce n’est pas ce que tu crois.

Le sourire de son ami se figea. Le danseur le regardait enfin, posant sur lui un regard chargé d’une sorte de haine qu’il crut identifier.

- Ah, tout de même…Des sentiments clairs. Tu me hais ?

- Non.

Il disait vrai, Julian le comprit. Ce regard plein de souffrance et de rancœur, Erik se lançait à lui-même.  C'était stupéfiant. Déconcerté, le décorateur se rapprocha de lui.

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Je ne sais pourquoi je suis comme ça ni combien de temps je vais l’être. Peut-être que ça va durer toute ma vie….

- Je ne comprends pas.

- Il me voulait beaucoup et tout le temps et elle-aussi. Et toi, tu t’es mis à faire pareil. Je le redoutais mais tu l’as fait. Tout est finalement si prévisible…

- Ah ?

- Ce sera sans doute toujours comme ça, alors…

Le décorateur contempla le visage décomposé du jeune homme et le trouva douloureusement beau.

- Je ne comprends rien à ce que tu me dis. Je t’ai atteint, n’est-ce pas ? Tu n’étais pas indifférent à l’amour que je portais mais tellement en colère !

- Je l’étais, oui. Quand je les ai fait venir chez toi, j’étais enragé.

- Pourquoi ?

Erik soupira et alla s’appuyer contre un mur. Son regard parcourait la pièce sans doute pour y retrouver des impressions encore très prégnantes, celles de sa longue humiliation.

- Peut-être parce que tu avais toutes les réponses, tout le temps.

Le décorateur posa ses mains contre le mur, fabriquant pour son jeune interlocuteur une prison fragile.

- Je veux que tu me demandes pardon.

- Pardon.

- Erik, pas comme ça !

Leurs visages étaient désormais proches et Julian sentait plus encore la dérive de son jeune compagnon. Quand celui-ci planta ses yeux bleus dans les siens, il retrouva son trouble ancien et le cacha. Cette qualité de bleu, si pâle et si belle, ces cils blonds…Il n’était plus si facile de haïr….Erik commença à parler d’une voix peu sûre et un peu feutrée.

- D’accord. Mads.

Il n’arrivait pas à parler.

- Qui est-ce ? Allons, parle enfin !