schiele-ermites,181x181cm, 1912

Julian, qui travaille beaucoup, 

a prévu un voyage en Italie mais une fois parti, Erik lui 

échappe...

- Il y a des années que je n'ai pas eu autant de vacances. Je travaille sans cesse. L'Italie est un projet ancien qui me tient à cœur.

- Bien sûr.

- Tu es triste, on dirait.

- Je le suis.

Julian atterrit d'abord à Milan où il renoua avec des amis de longue date, américains et italiens. Bien plus jeune, il avait travaillé de manière occasionnelle pour la Scala et il ravi d'être là, non que Milan fut la plus belle ville qu'il eut à découvrir mais parce qu'il retrouvait le jeune homme qu'il avait été. La veille de son départ, le danseur avait été catégorique :

-Je t'appelle souvent.

Et en effet, il téléphona souvent les premiers temps, devançant mêmes les velléités de son ami.  Attentif aux signes, le décorateur essayait de le rendre bavard mais Erik gardait sa réserve. Toutefois, il appelait, ce qui restait le signe de son attachement. Puis, les données changèrent. Julian quitta l'Italie du nord pour la Toscane et cette fois, il séjourna à l'hôtel avec de riches Américains. Ses  appels en direction des États-Unis  gardèrent la même fréquence mais souvent ils restèrent sans autre réponse que celle du répondeur. Il finit tout de même par être joint par Erik qui s'excusa. Celui-ci se faisait des amis hors du cadre de la danse et ceux-ci s'intéressaient aux danses de rue qui, surprenantes pour lui, ne cessaient de l'intriguer car elles demandaient une bonne technique et un grand sens de l'improvisation. Avec eux, il profitait d'une grande ville où il se passait toujours quelque chose. Il était intrigué par les happenings et à New York, il se trouvait toujours quelqu'un pour créer l'événement.

- Vous  les voyez où ?

- Bronx, Harlem !

- Ne me dis pas que vous allez seuls dans tes quartiers comme ça ?

- Non. Je ne te le dis pas.

- Alors, tout va bien...

- Oui, bien sûr. Continue ton beau voyage !

Brusquement rassuré, Julian adora Florence puis se rendit à Rome. Il  y arriva heureux et sans appréhension mais ce ne fut pas comme dans les autres villes italiennes où il avait écarté tout pressentiment. Cette fois, Erik laissait sans cesse le répondeur et ne  rappelait jamais quand Julian, faute de mieux, laissait des messages ; puis il le désactiva. Les rues romaines qui devaient voir éclater le bonheur du décorateur à retrouver un pays aimé, devinrent cauchemardesques. Malgré cela, il s'accrocha à l'illusion que dans sa vie parfois confuse, ce danseur était arrivé et même si ses contradictions le rendaient parfois difficile à suivre, il était l'image même de la vie de la beauté et de l'élan et que ce fait, il ne pouvait le perdre.  Erik ne refusait plus autant de l'aimer. Il parvenait à l'atteindre, il le savait. Néanmoins, quand il reprit l'avion, il redevint fou d'inquiétude. Le danseur restait injoignable et plus grave, alors qu'il le savait prévenu de son retour par Amalia qu'il avait eue en ligne, il n'était pas à l'aéroport. Une fois en ville, il gagna l'appartement de sa mère où il fut pris d'une sourde angoisse.  Le téléphone sonnait dans le vide dans son appartement de Central Park.  S'interdisant encore de s'y rendre, il appela un danseur de la compagnie avec lequel Erik avait beaucoup sympathisé, Mark Davidson.

- Je ne peux joindre Erik alors que je viens de revenir d'Italie. Il est au théâtre ?

- Non.

La voix était gênée.

- Mais il est soliste dans "Roméo et Juliette" !

- Oui, il l'est mais là, il a envoyé un certificat médical. Il est souffrant. Sa doublure n'est pas mal mais ce n'est pas lui.

- Souffrant ? Mais il n'a pas pris son rôle ?

- Si, quatre fois. Il avait l'air très fatigué et puis il a envoyé le certificat.

- Merci Mark.

- De toute façon, il est toujours dans votre, enfin dans l'appartement que vous lui avez prêté.

- Que je lui ai prêté ?

- Oui. Il a dit cela.

- Ah oui, bien sûr.

- Un problème ?

- Un quiproquo, Mark.