Comment-garantir-une-bonne-ambiance-a-un-diner-chic

L'arrivée d'Erik à New York confirme

Julian dans le fait qu'il doit initier

à la vie mondaine son jeune compagnon...

Tout avait été si informel à Londres que le danseur fut d’abord surpris d’être convié à un repas si mondain. D’abord tenté de plaire à tous, il fut courtois, répondant gentiment aux questions posées et sollicitant habilement ses interlocuteurs sur leurs goûts et leur mode de vie. Puis, en milieu de soirée, il montra un certain désintérêt et ses yeux bleus ne firent qu’effleurer les convives tandis qu’il souriait peu. Il marquait ses distances mais on l’on complimenta quand la soirée se termina. Il était après tout européen, danois donc non-américain. A ce titre, il suscitait l’indulgence et la bienveillance. Et il était vraiment très séduisant. Les deux musiciens en restaient tout émus. Même Julian le félicita.

- Mes amis t’ont apprécié. J’en suis content.

Le demi-sourire que lui décocha Erik le fit cependant le tenir sur ses gardes.

-  C’est bien, hein ?

- Oui, c’est bien. Ils sont influents. Qui sait si ça ne pourra pas te servir un de ces jours ? Mais à te voir faire la grimace, je vois que tu t’amuses de moi…

- Ils étaient tous très distingués.

- Oui, ils le sont.

- Ce n’était pas pareil à Londres. Tu recevais de façon plus informelle.

- Je ne faisais que passer et je n'invitais pas des amis de longue date puisqu'ils étaient restés en Amérique ! 

Le danseur paraissait irrité et son ami s’attendit à une scène :

-  Bon, je vois que ce dîner t'a irrité : j’écoute tes griefs.

 Mais Erik se mit à rire en l'entraînant dans la chambre.

- Pas de grief. Ce n’est pas mon monde, c’est tout.

- Erik, c'est le mien. Tu peux faire quelques concessions...

Le danseur hocha la tête puis parut soudain amusé:

- Tu n’es pas fatigué, j’espère ?

- Non…

Le reste se passa de mots. Nu et plein de désirs, le jeune homme quitta son image lointaine dont il semblait soudain se moquer pour l'enlacer et l'entraîner dans ces jeux dont jamais il ne l'aurait cru capable.

- Qui t'a appris ça ?

- Pas de question.

- Cette danseuse, ce Danois, d'autres ?

- Pas de question.

 Julian était subjugué. A priori, les invitations pouvaient se poursuivre puisque celui qu'il convoitait était surprenant de jour comme de nuit et elles se poursuivirent. Deux mois durant, Erik ne sourcilla pas, acceptant de se rendre dans des appartements cossus pour retrouver les amis du décorateur et de dîner avec des relations que celui-ci maintenait par ambition. A l'évidence, il tentait non sans habileté d'orienter le danseur vers tel metteur en scène, tel styliste, tel musicien ou tel chanteur d'art lyrique qui pouvaient par leur célébrité affichée ou relative et leurs moyens financiers favoriser la carrière de son favori. Il cherchait aussi à le rendre agréable à ses amis qui pouvaient eux-aussi mais dans une moindre mesure aider sa carrière et de toute façon ne pouvaient que renforcer les liens entre eux. Tout alla bien un temps puis Erik fit savoir à Julian que ses procédés avaient quelque chose de dérangeant. Il  avait  reçu et compris un message clair : être recherché par quelqu'un comme  Barney était très flatteur car le décorateur avait de l'argent et un statut qui faisait de lui une personne respectée. Il avait du charme et savait briller en société. Mais Erik ne voyait pas grand intérêt à se sentir observé, toisé et approuvé. Pour brillantes que soient les relations de Julian, elles n'étaient pas les siennes et ne le concernaient pas vraiment. La situation se tendant, les explications vinrent d'elles-mêmes.

- Nous sortons beaucoup.

- Trop, tu veux dire ? Je suis mondain et ça ne te déplaît pas. Et je suis snob. Je l'étais déjà à Londres.

- Peut-être mais nous n'avions que des rapports amicaux en Angleterre et je ne suis venu qu'à certaines de tes fêtes. Elles étaient plus simples.

- Beaucoup de gens gravitent autour de moi. C'est le cas depuis longtemps. Ça t'ouvre des horizons après tout et ça te change de ton travail, non ?

-Je commence à me faire des amis parmi les danseurs. Ça peut m'ouvrir des horizons et ça me change de mon travail…

- Toujours le mot pour rire…

- On ne se connaît pas si bien et maintenant on dirait que se voir c'est en voir beaucoup d'autres.

- Quelle est l'alternative ?

- De temps en temps, on rencontre tes amis ou les miens mais la plupart du temps,  on se voit seuls.