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Le tournage du film sur Nijinsky est fini.

Une fête a lieu. C'est l'instant des comptes 

et du chiffre trois...

Une grande fête marquait la fin du tournage et tous s’y rendirent. Passer du silence monacal dans lequel ils s’étaient trouvés à cette grande villa pleine de monde les suffoqua. Le plus grand salon ouvrait sur le Pacifique et dans la nuit, quand la musique s'interrompait, on entendait son bruissement. L’un et l’autre furent pris dans un tourbillon. Tous les acteurs, les conseillers techniques, les techniciens et les danseurs étaient. Wegwood et Mills riaient beaucoup et Enrico, le chauffeur de la production, jouait dans l’orchestre. Il y avait beaucoup de jolies filles qui, vêtues de jupes courtes ou de robes moulantes,  attiraient les regards et créaient une tension érotique et une compétition entre les mâles. La plupart d'entre elles avaient tourné autour du film : maquilleuses, coiffeuses, habilleuses...

Ce fut Chloé qui vit Erik en premier et qui fit ce qu’il fallait pour se rapprocher de lui. Elle était toujours ravissante et vêtue d'une robe blanche courte mais élégante. Elle avait de grandes boucles d'oreille et ses cheveux longs et très blonds, étaient libres. Il fut violemment troublé mais il s'efforça de paraître naturel. Elle fut simple. Elle avait appris qui il était et ce qu’il tournait et elle s’était fait inviter. Elle se souvenait de lui. Elle était très émue.

- Je vis à Los Angeles. Tu sais, je ne suis pas serveuse. Je suis étudiante. Je dois avoir des jobs d'été. J'ai fait une école de dessin  et je viens d'avoir mon diplôme. Ce tournage, je sais depuis un moment et j’ai cherché à te voir mais tu es rarement seul…

Ils parlèrent un peu mais il était si bouleversé qu’il trouva un prétexte pour s’écarter d’elle. Pourquoi lui faisait-elle cet effet ? Habile, elle revint vers lui un peu plus tard.

- Erik, écoute. Le monde dans lequel tu vis, la danse, cet homme qui a l'air si snob et lettré et qui est ton amant, tout cela est aux antipodes de mon univers. Seulement, il y a eu cette rencontre…

Elle était magnifiquement tentante et il se sentait bouleversé. Son beau visage ovale tourné vers le sien, elle le regardait avec intensité.

- Il y a du monde sur la plage en bas. Viens, on n’y va nous-aussi !

Elle eut un rire tendre en constatant qu’il hésitait beaucoup.

- C'est une plage privée, tu sais. On ne court pas de danger ! Il y aura bien un vigile ou deux...

- Quoi, des vigiles ?

Elle rit plus nettement et il  la suivit. Dans l’escalier qui descendait vers la plage, elle l'attira à lui pour l'embrasser. Il referma tout de suite ses bras sur lui et le serra aussi fort qu'elle put. Il fut envahi de la même excitation violente qu'il l'avait saisi lors de leur première rencontre mais, prudente ou rusée, elle se détacha de lui.

- Oh non, monsieur trop pressé, on va d'abord à la plage !

La lune était haute et pleine mais le décor restait sombre et ils se plurent à marcher un peu hasard en se tenant par la main. Quand ils atteignirent l'eau, ils rirent comme des enfants. C'était marée basse et les vagues étaient douces. Erik se déshabilla d'abord mais ne se mit pas nu. Elle retira sa robe sous laquelle elle ne portait qu'une culotte haute et blanche. Ils se mirent à nager en s'interpellant et en s'amusant, semblables à deux étudiants qui, pour se délasser de leurs examens de fin d'année, auraient choisi une expédition nocturne sur une plage peu fréquentée. Quand elle se rapprocha de lui et l'enlaça, ils continuèrent de parler et de rire, dans une totale liberté. Puis comme ils sortaient de l'eau, ils furent à la fois plus émus et plus décidés. Ils s'embrassèrent encore et s'allongèrent sur le sable humide. Ils avaient peu de vêtements à retirer mais ils éprouvèrent à ce déshabillage simple, un plaisir infini. Il retrouva le bonheur qu'il y avait à la caresser et à l'embrasser, à rencontrer son regard clair, gai et émerveillé et à la sentir si douce et si humide. Elle  était décidée et il était fou de désir mais bien qu'elle fût adroite et généreuse, il ne lui fit pas l'amour. Comme elle semblait déconcertée, il la caressa avec ses doigts et sa bouche et elle se libéra avec grâce. Quand elle se fut apaisée, il s'allongea à ses côtés. Durant tout le temps où ils s'étaient cherché et étreint, ils avaient été absolument seuls mais Chloé, se redressant brusquement, sentit un danger.

- Je crois que d'autres personnes arrivent.

Ils se rhabillèrent rapidement et revinrent dans la villa. Julian cherchait Erik et s’enquit de lui:

 -Mais où étais-tu ?

- En bas, à la plage. Il n'y avait pas que moi.

Sentant son ami sur le qui-vive, Erik fit preuve d'une extrême prudence et quand il croisa Chloé, ce qui était inévitable, il fit mine de ne pas s'intéresser à elle. Elle eut l'audace de lui donner un message. Elle lui fixait un rendez-vous plus tard dans la nuit. Il fut suffoqué  mais maintint sa feinte indifférence. Il la regarda cependant danser avec un autre garçon. C'était doux et très sexuel en même temps d'autant que c'était une danse lente qui incitait à l'abandon et il aurait aimé être à la place de son partenaire. Il avait mémorisé son numéro de téléphone et compris où était le rendez-vous, pensant que son attitude dégagée suffirait à leurrer son ami. Il n’en fut rien. A l’aube, ils étaient tous deux dans la piscine et riaient avec d’autres. Quand ils se séchèrent, Julian lui dit :

- C’est cette fille que tu as rencontrée avant que je n’arrive, n’est-ce pas ?

- Oui.

- Donc, ce n’est rien. J’ai le choix des armes, tu le sais bien…

 

- Je sais, Julian.

- En ce cas, oublie son numéro de téléphone…

Ils s’en tinrent là.  Le départ de Julian rendit Erik triste et son ami dût le rassurer à l’aéroport.

- Le temps va vite passer...

- Je n’en suis pas sûr.

-Je vais être direct. Tu attires beaucoup de monde !  Mills, Williamson et cette fille blonde. Je ne vais pas te demander de ne pas les voir car tu ne m'écouterais pas. Ne précipite rien. Tu m'entends ? Ne précipite rien !

Erik se sentait très ému :

-Tu n’as pas confiance.

- Tu peux être pulsionnel face à eux. J’écarte Mills qui te veut pour son fils mais les deux autres sont malins. Je ne parle pas de sentiments, bien sûr. Ils te tenteront...

 Le jeune homme en fut frappé et lui dit :

- Mais si c'est ça ta vision, alors pourquoi pars-tu ?

- Erik ! J'ai un travail et c'est peu de temps !

- Je voudrais crier. Ces jours, ce film. Trop de force. Tout a été extraordinaire.

- Je le sais Erik, je le sais. Difficile et extraordinaire. Moi-aussi, je voudrais crier.

- Je dois te dire …

Julian  caressa la joue du jeune homme et y trouva un cil blond. Il le garda.

- Non, non. Ne t'avance sur rien. Ce pourrait être si cruel ! Mon tendre et magnifique danseur, on se voit dans deux semaines. A  bientôt...

- Bon voyage.

 Il partit sans se retourner.

Erik dina souvent chinois avec Mills, évita soigneusement de revoir le photographe et resta stoïque avec l’étudiante blonde.