She_Dances_Alone

Le film sur Nijinsky est terminé. Kyra Nijinsky parle à Erik, le danseur du film.

Elle était si étrange, cette dame âgée qui, tout en parlant art avec lui, le regardait comme  le jeune amant qu’elle n’aurait jamais. Il se tint près d'elle au bord de la mer, quand le jour déclinait et il la regarda boire du champagne. Ce fut une belle fête nocturne où elle se montra aimable. Elle était bien trop intelligente pour ne pas comprendre que son art faisait de lui un être singulier à qui il serait demandé beaucoup et elle lui renvoya avec douceur sa propre solitude. Ils se sourirent.

Julian qui participait à cette fête ne s'immisça jamais entre eux et ils rentrèrent séparément. Au matin, alors qu'il était endormi,  il  s'éveilla  et dut faire face aux questions de son amant :

- J’ai troublé cette femme vieillissante tant par mon physique que par mon art.

- Il n'y a rien de surprenant à cela et rien de choquant.

- Mais dis en plus !

- Il est six heures du matin. Je dors depuis trois heures. Du moins, là, j'essaie...

- Je t'en prie !

Comprenant l'urgence, le décorateur  se redressa, sortit du lit et fit face à son ami, qui, pris dans ses pensées, s'était assis dans un fauteuil

- Que t’a-t-elle dit ?

- Que je ressemble à son père…

- Elle dit vrai en un sens.

- Que la carrière d’un danseur est courte et que je vais chorégraphier.

- Tu le feras.

- Qu’Irina n’a pas menti.

- C’est exact. Tu as accepté de tourner un film qui aurait effrayé beaucoup de danseurs. Ce film a créé un lien fort entre son père et toi et ceci au-delà de la mort. Et puis, tu es tendre et respectueux avec elle, ce qui est inattendu que magnifique pour une personne comme elle qui n'attend plus rien. 

Julian bailla et regagna le lit mais son danseur voulut encore lui parler :

- J’ai rencontré la grâce, tu sais. Je l’ai rencontrée…Enfin, je crois...

- Quand ?

- Quand le joueur de tennis entre en scène et quand j’ai joué l’effondrement nerveux, les cris…

- Et ça a été fugitif ?

- Très.

- Alors, c’était la grâce…