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Sur le tournage du film sur Nijinsky, le danseur Erik Anderson est traversé par l'angoisse.

Les mots du Journal du grand danseur russe le hante

autant qua sa vie déchirée.

Il avait cru qu’il y parviendrait et ces textes, au début, ne lui avaient pas résisté. Ils le faisaient maintenant et ils le torturaient. Devait-il tomber malade physiquement ? Devait-il devenir dépressif ? Serait-il plus proche de Nijinsky ? Et fallait-il être plus proche de lui ? Est- cela que les spectateurs attendaient ? Peut-être qu’ils attendaient le petit polonais que sa mère  avait inscrit à l'Ecole impériale où l’on se moquait de lui avant de le jalouser et de l’admirer ? Ils devaient vouloir  qu'on ne leur montre pas Saint-Pétersbourg et qu'on ne leur explique pas clairement comment un jeune danseur issu d'une école prestigieuse travaille au théâtre Mariinsky pour en être délogé par un imprésario prestigieux qui en fait l'étoile des Ballets russes ? Ils ne voulaient pas voir la folie, du moins pas celle-là. Il restait donc à lutter, lutter encore. Il restait aussi à crier de désespoir puisque tout s’échappait…

Ni Mills, ni Wegwood, ni les petites danseuses ne venaient à bout de cette angoisse. Seul Julian qui se trouvait dans le même cas que les autres n’acceptait pas un tel état de fait. Une après-midi, il trouva Erik seul dans sa chambre d’hôtel. Assis par terre, il était recroquevillé sur lui-même et se balançait. Les traits de son visage, habituellement si nordiques, lui parurent ce jour plus slaves, comme si se faisait une étrange osmose entre ce qu'il était et celui dont il se rapprochait. Un long moment, Julian le laissa ainsi, partagé entre la confusion et l'admiration puis il reprit :