Hambourg

 

Après Copenhague, Paris, Londres et New York, le danseur

Erik Anderson arrive à Hambourg. Un grand chorégraphe et un

nouvel enjeu...

 Hambourg, ville de la Hanse, était la cousine de Copenhague, belle, pleine de canaux, nordique par son ambiance et cosmopolite. Il ne trouva pas compliqué de s'y installer et trouva un trois pièces très clair près de l'Opéra. Il fit encadrer les dessins de Chloé, « Erik rêveur », « Le danseur alangui » et la série sur Jeux mais il leur préféra vite de petits tableaux de l’école de Skagen, qu’il avait peu à peu achetés au Danemark et d’autres que lui avait vendus le hobereau qui avait des Eckesberg. Comme il l’avait déjà fait, il construisit un espace pur et singulier dans lequel il aimait être en silence et jouer du piano. Il y reçut peu à peu des danseurs avec lesquels il se lia, aussi.

Chloé vint et tenta d’être aussi enthousiaste et gaie qu’elle l’avait été à Londres et à Paris mais elle fut vite mal à l’aise. Hambourg était une grande ville  intellectuelle dans laquelle on pouvait marcher sans fin et Erik restait à la fois l’amant avisé, le confident et l’incomparable interlocuteur qu’elle aimait. Elle continuait de se persuader qu'avoir rencontré un être comme lui était une chance extraordinaire et elle écartait toute amertume de sa vie mais elle voyait désormais que toute carrière solide serait compliquée si elle continuait de le suivre. Il dansait sur la cinquième et la sixième symphonie de Mahler et les critiques continuaient de louer son travail. De ses productions à elle, nul ne se souciait alors qu’elle avait participé à de nombreux projets et en avait initié d’autres. A Londres et à Paris, elle avait pu travailler beaucoup et exposer. A Hambourg, qui lui apparaissait à elle qui était une Californienne, comme une ville hautaine et froide, elle était inconnue.  Il lui restait une fois de plus à montrer ce qu’elle savait faire et elle ne se découragea pas d’abord, mettant en avant un press-book impressionnant. Cependant, elle ne parlait pas allemand et les réseaux de publication n’étaient pas si denses. Des opportunités s’offraient, mais à Berlin, le compagnon d’Else souhaitant l’aider. Là, elle pourrait travailler pour une maison d’édition. C’était loin et elle fut vexée qu’Erik l’encourageât à y aller. Elle le fut plus encore quand après l’avoir reçu chez lui, Il trouva près du sien un très joli appartement. Une danseuse du corps de ballet qu'ils avaient déjà rencontrée habitait juste en dessous et la logeuse était bonne dessinatrice. Chloé sourit : ainsi, elle aurait au moins avec qui s’entendre. Prévenant, Erik  avait déjà tout meublé et acheté des vases qu'il avait emplis de fleurs fraîches. C’était un lieu paisible et lumineux. Toutefois, elle fut perplexe : 

- Tu en restes toujours à cela !

- Cet appartement  n’est pas  très loin du mien, à dix minutes à pied environ. Le jeudi, il y a un marché aux fleurs en bas de chez toi et tout le quartier est ancien. Il y a beaucoup de maisons traditionnelles !  

- Tu me laisses à distance.

- Quoi ? Mais non !

Ils parcouraient les mêmes terres mais il changeait. Elle le trouvait plus austère. Il portait souvent du noir, avait les cheveux plus courts et arborait un bonnet de laine noire qui lui donnait l’air d’un moine. Il restait beau mais n’était plus immédiatement séduisant. Le savait- il ? Il avait beau rester des soirées entières à parler avec elle, la convier à des dîners, visiter avec elle les musées de Hambourg et  marcher le long des canaux, elle le sentait différent. Ils faisaient toujours beaucoup l’amour et il se montrait tendre mais ça ne suffisait pas. Barney gagnait du terrain. Il avait beau ne pas parler de lui, elle le sentait.

 Quand Claire ou Marianne venaient de Copenhague, elle était avenante et ne laissait pas transparaître son malaise. Qu’aurait-elle pu dire d’ailleurs ? Si la vie d’Erik était depuis plusieurs années inextricablement liée à celle de cet Américain, elle s’enroulait à la sienne. Elle comprenait maintenant qu’il était question d’amour dans les deux cas et le reste n’était pour elle que conjectures. Claire soutenait qu’Erik finirait par y voir clair :

- Je le connais. Il est si aérien ! Le temps aura raison des illusions qu’il se fait !

 Marianne était plus double car Julian la fascinait et Erik restait sibyllin.

- Cette vie ne disparaîtra pas parce que tu n’habites pas avec moi et vas de temps en temps travailler à Berlin ! Tu resteras gracieuse et rayonnante et je retomberai amoureux de toi chaque fois que je te verrai. Rien n’est accablant !

Elle voyait que ce serait  une infinie douleur pour lui si ce n’était plus le cas.

- Accablant ? Non…

Il était sûr de lui et ses yeux bleus qui se posaient sur elle reflétaient une telle certitude qu’elle en fut suffoquée.