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Retour à Copenhague pour le danseur Erik Anderson. Années quatre-vingt. 

Terre natale, famille et amis. Les errances sentimentales d'Erik...

 

 Ils étaient tous à l’aéroport, sauf Kirsten.  Son père  fut le premier à saluer Erik :

- Bonjour, mon fils. Bienvenue au Danemark.

Il aurait dû être absolument heureux or, il n’était que content. Tous le conduisirent dans une maison qu'il ne connaissait pas dans le quartier de Christianshavn. C'était une île artificielle et aussi un beau quartier plein de demeures traditionnelles aux couleurs éclatantes. La maison était petite, toute en hauteur mais elle était pleine de charme et possédait une belle façade jaune. En outre, elle donnait sur un canal chargé de bateaux. Erik fut ravi. Il retrouvait l'Europe, sa beauté, sa minutie et son ordonnance. Les premiers jours furent gais. On s'empressait autour d'Erik. On déballait les cadeaux qu'il avait apportés : des vêtements, des livres, des photos, des parfums. On passait des journées faciles. Kirsten s'annonça pour plus tard mais fut amicale au téléphone. Else qui créait des vêtements avec son compagnon fit une incursion rapide et transforma Erik en mannequin, voulant tester sa ligne « homme ».  Marianne, elle, fut adorable car sans détour. Elle entraîna son frère dans les rues du quartier où ils se déplacèrent en vélo, chantant, riant et déclamant des poèmes. Sa mère ne cessa de rechercher sa présence, rayonnante, souriante, lui faisant des plats danois, parlant de tout et de rien. Même son père prit sur lui-même pour se mêler à la conversation et parler à ce fils devant lequel, tant d'années durant, il s'était senti embarrassé. Le jeune homme fit bonne figure mais la distance était grande. Depuis des années, il ne les côtoyait plus et trouvait difficile de leur parler. Du reste, de quoi ? Julian avait des contrats fermes en Europe et il était entendu qu'il viendrait en août au Danemark. Chloé le  rejoindrait début juillet pour le festival d'été. Il faudrait les loger l’un et l’autre et ne rien dire. Ce serait éprouvant pour chacun d’entre eux, pour elle surtout. Il était soucieux de la séduire et surtout conscient qu'il la connaissait mal. Il voulait la côtoyer, ne fussent que quelques semaines, mais maintenant qu'il était revenu au pays, il comprenait que ce serait délicat. Le film allait sortir au Danemark ou son image, devenue un peu lointaine, redeviendrait brillante. Ce serait plus difficile. La voir  brièvement d'abord puis le voir lui : c'était ce qu'il fallait. Cependant, au moment où il mettait ses projets à exécution et se persuadait qu'il saurait louvoyer entre ces deux êtres en attendant l'heure des choix, son amant se  dédit :

- Je dois changer mes projets et ne pourrai te rejoindre en août. 

- La jalousie ?

- Laisse-là de côté. Ce n'est pas le propos. Mon père vient de mourir. Ce n'est pas tant le regret que j'ai que l'importance des tâches qui m'attendent. Ma mère est incapable de régler le moindre problème ; de toute façon, son équilibre mental est instable. Il va falloir que je la place quelque part et vu son caractère, ça ne sera pas une mince affaire. Je suis l’héritier direct. Je n'ai pas une famille spécialement charmante et j'ai une demi-sœur. L'autre, le vraie, est morte. Ça va être compliqué, d'autant qu'elle est belliqueuse. Il faut que je m'occupe de la succession. C'est à moi de tout gérer. Écoute, tu es au Danemark, chez les tiens. Tu danses au festival d'été et j'évite les autres sujets...

- Je comprends. Et je suis navré pour toi.

- Navré de la mort de mon père ? C'est totalement inutile. Il était insupportable.

- Alors tes soucis que tu as. Tu dois me  tenir au courant.

- Je vais être clair d'emblée : je vais devoir rester quelques temps à Boston. Il s'agit de plusieurs mois, Erik. Tout est changé. Je suis navré à plus d'un titre...

Le danseur l'était aussi. Cette mort et cette défection rendaient simple le triomphe de Chloé...

 Il pensa que sa rencontre avec Frank Andersen, alors directeur du corps de ballet remettrait les choses à leur place mais celui-ci parut presque intimidé par sa notoriété. Le Festival d'été s'honorait de sa présence et il pouvait rejoindre le Ballet royal. Sa place était là. Erik soupira. Il assura les huit représentations pour lesquelles il était pressenti. On le regardait dans le corps de ballet, ce danseur étoile qui arrivait de New -York et avaient dansé sur une des trois scènes les plus prestigieuses de la planète avec le Kirov et l’Opéra des Paris...Ils observaient ses pirouettes parfaites, ses arabesques, sa précision dans les sauts, ce contrôle de tous les instants. C'était certainement ce que lui avait donné la maison de Balanchine. Toutefois, alors qu'il dansait sans état d'âme Le Lac des cygnes et Giselle et avait les rôles titres, il constata que beaucoup de danseurs se sentaient menacés. Il adopta une attitude  humble qui lui gagna l'estime de ses partenaires féminines mais celles-ci, embarrassées par une  gentillesse et une douceur qui venaient d'un danseur connu lui demandèrent, intimidées si elles pouvaient lui parler en danois ! Il en fut stupéfait ce qui le fit paraître encore plus charmant. Il les retourna, elles d'abord, eux ensuite. Tous louèrent son  professionnalisme, sa technique et sa grâce. Le festival fini, toute la troupe l'adorait mais il resta perplexe. Il était né à Copenhague, était donc un enfant du pays et se devait de rester.  Il lut les compliments que la presse lui faisait. Un danseur exceptionnel qui revenait tout simplement chez lui ! Il préféra en rire.

Julian lui manquait mais il avait du mal à lui parler et espaçait ses appels. Il jouait double jeu. C'était mal.