voyage INTERIEUR

 

Chloé Farell était étudiante en Californie avant d'arriver à

New York où l'appelle son amour pour Erik. Julian Barney, le compagnon de 

ce dernier s'interpose...

Quand elle eut terminé le dessin d'Erik et des danseuses, elle l'appela. Un rendez-vous fut fixé. Elle attendit patiemment et se sentit extraordinairement heureuse quand le jour vint. Elle se lava longuement et se fit belle, brossant longuement ses longs cheveux et y posant des peignes avant de passer une robe mauve et un manteau léger. Elle mit des bas et des talons car elle était sûre qu'il aimerait. Quand elle retrouva le beau loft aérien, elle fut heureuse quelques instants durant, juste avant de se rendre compte que c'était Julian Barney qui l'accueillait. Il se tenait très droit ; son maintien et son élégance semblaient naturels. Il portait un pull-over gris ras du cou sur un pantalon et une veste noirs très bien coupés. Il aimait le luxe discret.

- Bonjour, mademoiselle Farell.

Elle ne put cacher ni sa surprise ni son désappointement.

- Bonjour, Erik n'est pas là ? Il avait dit...

- Une répétition décalée. C'était totalement imprévu.

- Imprévu ? Je l'ai eu au téléphone  hier et il n'a parlé de rien.

- Mais c'est cela, un imprévu !

- Il vous a chargé de me recevoir ? J'ai peine à le croire.

- En ce cas, vous faites erreur car il me l'a demandé.

Elle était interdite. Elle pensait qu'il mentait, bien évidemment.

- Mais où est-il ?

- Je viens de vous le dire.

Elle eut un pauvre sourire  tandis qu'il refermait la porte et l'invitait à s'asseoir. Il poursuivit :

- Erik m'a montré vos deux portraits de lui et, moi qui suis tout de même connaisseur, ai, malgré quelques réserves, apprécié votre travail. Ce sont des réserves purement techniques, bien sûr. Pour ce qui est du fond, vous êtes adroite. Il est comme ça : on pense qu'il est en retrait...

Elle but le café qu’il avait versé dans sa tasse et prit une pâtisserie. Il était calme et bien plus séduisant qu'elle n'avait voulu le reconnaître. Tout lui en reflétait éducation et raffinement et son intelligence était extrême. Il devait être fascinant.

- Monsieur Barney, j'aimerais que vous disiez à Erik combien j'ai été heureuse de travailler pour lui et de réaliser « Erik alangui » et « Erik rêveur ». Toutefois, je ne suis guère qu'une débutante. J'ai encore beaucoup à apprendre. Le prix payé pour ces deux dessins était bien trop élevé ; je ne souhaite pas qu'il me règle cette dernière commande.

- Vous vous êtes mis d'accord sur un prix, non ? C'est entre Erik et vous, cela. Ça ne me concerne pas. Une dernière commande ?

Elle ouvrit le carton à dessin qu'elle avait apporté et lui tendit son travail. Julian le prit,  le regarda longuement et, en relevant la tête lui sourit.

-  Ah oui, il m'a dit ça : une affiche pour Jeux. C'est plutôt réussi. Je sais être très moqueur car j'ai moi-même fait une très bonne école d'art et ai dû apprendre à dessiner disons honorablement. Je fréquente beaucoup d'artistes. Je ne vais vous flatter en vous disant que c'est miraculeux  car ça ne l'est pas. Mais le fait est que c'est plutôt bien. Vous progressez vite !

Elle se surprit à vouloir lui plaire et risqua :

- J'ai mélangé les techniques et j'ai utilisé ...

- Je le sais, enfin, mademoiselle !