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Arrivée à New York où elle étudie, Chloé retrouve 

Erik, le jeune danseur de film. Rites amoureux. Dessins.

Il se leva cette fois. Elle avait posé les deux dessins sur la table. Elle se tenait debout.

-Comment s'appelle le premier ?

- « Erik rêveur. »

-Et l'autre ?

- « Danseur alangui. »

-Il manque une cravate ; et un changement dans les traits du visage. Ça me plaît.

-Pourquoi une cravate ?

-Ce pourrait être une affiche pour Jeux...Dans ce ballet, Nijinsky est en costume de tennis et il porte une cravate. Mais la chemise est un peu différente. Il en a relevé les manches. Mais ça pourrait être bien. Je pense au film, aussi.

- Alors, tu n'aimes pas ?

Elle était toute droite.

- Si, oh si. Je suis touché. Tu sais me voir. Cette façon que j'ai de rêver, ce visage si jeune que j’ai alors. A  vrai dire, j'ai l'idée d'un troisième dessin : ce joueur de tennis entre les deux femmes. Aucun des trois ne touche terre. Ils sont en plein élan. Tu as du talent. Je suis sûre que tu pourrais faire cela. Je vais te donner des photos. Support de travail. Et...

- Et ?

Elle attendait manifestement qu'il devint tendre avec elle mais il se borna à la féliciter encore et promit de l'appeler. Elle connut encore plusieurs rendez-vous où ils ne firent que parler et rire puis elle vint chez lui une après-midi à l'improviste et fut véhémente :

- Je ne veux plus que ce soit comme ça, tu comprends !

- Moi, j'aime beaucoup la façon dont on se voit.

- Erik, embrasse -moi, embrasse-moi ! Arrête ce jeu.

- Non, je ne t'embrasse pas et ce n'est pas un jeu.

- Mais tu te souviens ?

-Je me souviens.

- Alors prends-moi dans tes bras ! Tu l'as déjà fait ! Couche avec moi ! Erik, tu me rends folle !

Il lui adressa un sourire tendre.

-Tu es très volontaire !

Elle retira son corsage. Elle avait un buste fin, une peau claire et ses seins étaient restés aussi beaux. Elle lâcha ses cheveux. Elle attendit. Il soupira et lui dit de se rhabiller. Elle avait presque honte et retenait ses larmes. Il restait immobile, ne bougeait pas. Au fond d'elle-même, elle savait qu'elle l'attirait mais la maîtrise qu'il avait de lui-même la faisait maintenant douter. Refusant de se montrer faible, elle demanda :

- Je te suis donc indifférente.

Il mit du temps à répondre. Il luttait, il luttait vraiment.

- Chloé, ne rend pas les choses plus difficiles qu'elles ne sont. Tu ne m’indiffères pas. Maintenant, je te prie, reprends-toi.

- Mais qu'est-ce que tu crois ? Que je me mets en vente en me mettant nue devant toi ? Mon désir de toi est vrai, mes sentiments le sont ! Es-tu donc son prisonnier ?

- Oui et non. Ne t'expose pas ainsi...

- Oui et non ? Mais tu ne dis rien ! Je vois bien l'emprise qu'il a sur toi ; je vois ce lien si fort mais moi, j'existe, Erik, j'existe. Ne va pas me dire que t'aimer est une faute !

- Non, tu ne fais rien de mal. Je t'en prie, Chloé...

Il eut une sorte de cri de souffrance et resta fermé. Elle retira le reste de ses vêtements et le regarda droit dans les yeux. Il était vraiment complexe. Elle commençait à douter qu'il cédât quand il s'approcha et referma ses bras sur elle.

- Comme tu es jolie ! J'ai mis des mois à oublier tes seins, tes reins, tes odeurs corporelles. Si belle, si féminine. Ma belle, ma belle, ma si belle ! Ma chérie !

Elle fut suffoquée. Il l'assit sur la table avant de se déshabiller. Il fut aussi adroit et sexuel que la première fois. Habile et viril, il n'en finissait pas de la caresser et de l'embrasser et le laissait aller et venir en elle en espérant qu'il saurait durer pour mieux s'imprégner d'elle. Elle s'en voulut de jouir violemment et de crier alors qu'il était lui, discret. Elle le retint par les épaules pour qu'il ne sorte pas d'elle et se crispa si intimement qu'il en sourit. Quelle belle façon de le retenir ! Quand ils se rhabillèrent, l'émotion la terrassait. Elle ne savait pas que sa douceur le fascinait autant que sa façon d'être dans l'amour physique car elle pouvait aussi têtue qu'une enfant tout en ayant l'adresse d'une belle maîtresse. Il la prit dans ses bras et lui embrassa les paupières. Prenant cette marque de tendresse pour une condescendance déguisée, elle fit preuve d'une vindicte touchante.

-  Tu vois, Erik que tout est beau entre nous. Cette fois et tant de fois !

Mais lui qui venait de la prendre avec passion reprenait ses distances.

- Je ne sais pas...

Il était fou d'elle, elle le sentait et devenait vaillante.

- Mais si, tu sais !

De nouveau, ils firent l'amour. Il avait un corps racé et non parfait, un corps sans ego car fait pour l'humilité des entraînements quotidiens et les planches des théâtres mais elle n'en voyait que la magie. Allongé sur elle, il était lourd sans être massif et allait et venait en elle avec science. Avec son amant, il ne pouvait en être ainsi. Elle en était sûre dans l’instant ne voulant voir leurs étreintes que d’une façon négative. Il se faisait prendre à tout point de vue, Barney réglant ses comptes. Un jour, il verrait la différence. Ils se caressèrent et furent tendres l’un avec l’autre jusqu’à ce qu’il se reprît.

- Je te revois pour le troisième dessin de toute façon.

- Erik !

- Je t'adore vraiment. Je ne mens pas.

- Alors...

- Chloé, n'insiste pas. Ça ne peut pas  « être ». Tu dois comprendre cela.

- Non. Tu vas cesser de te mentir et ce sera beau.

Elle ne sortit pas indemne de cette journée. Longtemps, elle resta émerveillée, gardant en elle ses sécrétions, retrouvant ses odeurs. Qu'il était beau ! Et il était amoureux. Il ne pouvait que l'être !