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Chloé arrive à New York où l'aimante Erik. Le compagnon de celui-ci lui facilite l'entrée dans une 

maison d'édition. Elle y illustrera des livres pour enfants. Le contrat fait, elle remercie son rival...

Comme  il continuait de l’observer à la dérobée, il constata qu’elle dominait son trouble et bandait ses forces.

- Monsieur Barney, le moment n’est peut-être pas bien choisi mais je dois vous parler…En fait, il faut que je vous remercie.

Erik, il le sentait, n’était pas indifférent à la scène. Il resta donc aimable.

- Me remercier ?

-Vos recommandations chez Browse et David ont porté leurs fruits. Ce sont des travaux difficiles et charmants mais je suis ravie. Travailler sur Tolkien est inattendu pour moi. Je vous suis reconnaissante, vraiment.

- Erik a insisté et je ne crois pas qu’il ait eu tort. Les échos que j’ai de votre travail sont très encourageants.

« Encourageants »... Il n’avait pu s’empêcher d’être minimisant et, tandis qu’il lisait un grand malaise sur le visage de la jeune femme, il constata que son danseur ne le laissait pas faire. Toujours assis et rieur, il lança :

- Des Elfes et des Trolls, des Hobbits et des Mages, vous avez de la chance, Chloé ! Tout le monde n’a pas un tel univers à sa disposition. Je n’ai pas eu le loisir de voir votre travail mais  je rêve déjà de le faire, comme tout un chacun ici !

 C’était bien trouvé et tout le monde fut aimable quand elle partit. Lui, qui s’était enfin levé, le fut plus que tout autre :

- C'est bien que vous soyez venue. J'en suis content.

- Je voudrais vous voir danser encore.

-Vous êtes à New -York, c'est assez simple.

- C'est vrai.

 A peu de temps de là, il l'invita à une fête chez ces Fincher qu'il avait annoncés comme des amis de Julian Barney. Elle commença par refuser :

- Que veux-tu que j'aille faire là-bas, Erik, voyons ?

- Tu n'as pas à reculer devant des gens nantis, Chloé et ça ne se passera pas forcément mal. Les Fincher connaissent tant de monde ! De nouvelles commandes...

- Bon. Il va faire l'intermédiaire ?

- Julian ? Non. Son rôle s'est arrêté.  Essaie, toi.

Elle céda. Les Fincher habitaient Park Avenue et leur appartement était splendide. Lui était dans la haute finance et se piquait d'art. Il était collectionneur de tableaux et possédait quelques merveilles. Chloé vit les boiseries, le cristal, le cuir, les bois précieux, les tapis persans. Le salon était encombré de tables couvertes de nappes colorées et chargées de toute sorte de mets raffinés, des vins fins et du champagne. Les femmes avaient des vêtements Haute couture et les hommes des costumes impeccablement coupés. L'aisance était là, dans les coiffures, les montres luxueuses, la façon de se tenir, de parler. Erik présenta Chloé à ceux qui étaient là : directeur artistique de corps de ballet, danseurs, musiciens, notabilités, chanteurs lyriques, photographes connus, écrivains. Elle observa Erik qui allait et venait et se montrait affable, intelligent. L'homme qu'elle savait être son amant le rejoignait souvent. Ces deux hommes n’étaient peut-être pas à égalité sur le plan intellectuel mais si l'un avait la naissance et l'argent l'autre avait la maîtrise étourdissante de son art. C'était Erik qui était connu et applaudi et c'était lui qui avait la beauté. Pourtant, tout magnifique qu'il était, le danseur dépendait de cet homme, il avait besoin de lui. Il lui était soumis quoique ce fût ambigu car il ne lui devait pas sa carrière. Paradoxalement, elle le sentait, Julian ne l’emportait pas forcément parce qu’il n’était pas toujours question de guerre. Il lui fallait aider celui-là même qui brillait. Pourquoi ? Elle ne comprenait pas. En tout cas, elle était stupéfaite : un lien si fort et si complexe ! A plusieurs reprises, Erik lui lança un regard insistant et elle finit par aller parler à Elisabeth Fincher qui revenant vers Julian et le jeune homme ne fut pas avare de questions. Julian dit avec amabilité que la jeune fille avait du talent. Un rendez-vous fut fixé. Elle sourit poliment aux deux hommes mais n'osa plus s'approcher d'eux.