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Chloé, la belle Californienne qu'Erik a rencontré en allant voir Kyra 

Nikjinsky, est arrivée à New York pour y poursuivre ses études. Le danseur l'invite

à un de ses spectacles...

Il ne parla plus d’elle des semaines durant mais Julian tint à en savoir plus. Elle n’était pas restée inactive, loin de là et avait des soucis.Son école d'art était pleine d'étudiants qui ne manquaient de rien. Elle était la seule californienne. Manifestement, ça ne se passait pas très bien pour diverses raisons.  Il était allé la voir dans son studio du Queens et l’avait trouvé exigu et sombre. Heureusement, il existait un grand contraste entre ce lieu déprimant et l'univers personnel très coloré de la jeune fille. Elle avait créé des illustrations pour  Alice au pays des merveilles et  Charlie et la Chocolaterie et elle avait tout un carnet de fées et de créatures hybrides. Elle venait de l'Académie de l'Art figuratif à Los Angeles. L’École des Arts visuels de New York où elle était boursière était un tremplin. Continuer de dessiner  pour elle-même l’aidait à tenir et la libérait. Julian questionna encore et apprit que pas mal d’étudiants couraient après elle. Ils étaient grossiers, lui disaient quelle lingerie porter et parlaient d’argent. Elle était humiliée mais courageuse. Erik précisa sa position :

- Je lui ai dit de refuser toute compromission.

Julian s’amusa de cette remarque mais à peu de temps de là, Erik lui montra des dessins d’elle. Il les regarda avec attention puis fut clair :

- Tu me dis qu'elle est boursière à l’École des Arts visuels de New York ? Déjà, ça signifie qu'elle est douée. Le niveau est très élevé. Oui, ce qu'elle fait se tient. Il lui faudrait des commandes, c'est cela ?

- Quelques-unes, oui. Pas forcément beaucoup d'argent mais une valorisation

-Je connais surtout des éditeurs d'art. La littérature de jeunesse, je suis sans référence, mais je peux essayer. Tu veux que m'en occupe ?

- Tu peux ?

Julian lui décocha un regard sagace.

- Bien sûr que je peux.

Plus rien ne fut dit et tout suivit son court. Erik entama les répétitions du spectacle où il devait être longuement seul en scène et ne les trouva pas ne pas particulièrement compliquées. Le ballet s'appelait Les couleurs du temps, ce qui n'avait aucun sens pour le danseur mais parut inamovible. Ce qu'on lui demandait était clair : virtuosité, charisme, élégance et technique parfaite. Julian ne broncha pas quand le  danseur voulut inviter Chloé à la première. Erik dansa, aux dire de tous, très bien et il fut celui qu'on attendait : gracieux et précis. A la fin du spectacle, il y eut dix rappels. On lançait des roses sur scène. Erik n'en finissait pas de saluer et de sourire et applaudissait les spectateurs. Quand elle vint dans sa loge, la jeune fille parut intimidée. Il y avait de quoi. Peter Martins côtoyait les amis hauts placés de Julian. Le danseur fut aimable avec elle mais, pour ne pas éveiller  de soupçons,  ne lui accorda pas une attention exagérée. Julian, lui, l’observait du coin de l’œil. Elle était la jeune fille issue d’un milieu modeste qui découvre une grande scène et un danseur étoile très brillant. Elle était très jolie et elle n’était pas stupide et de toute évidence, elle voulait attirer Erik. Il faudrait faire attention à elle. Il s’arrangea pour lui poser des questions qui la mettent mal à l’aise. Non, elle n’avait pas vu beaucoup de spectacles de danse et les avait surtout regardés à la télévision. Oui, les billets avaient un prix élevé et ce serait difficile pour elle à New York. Oui, elle serait ravie de revenir de nouveau. A Noël, la tradition était de présenter Casse-Noisette. Elle le savait et voulait venir, persuadée qu’Erik y dansait. On lui apprit qu’il n’était pas distribué dans ce ballet et elle fut choquée qu’on s'amuse d’elle. Elle ignorait que n'aimant pas le rôle, il avait demandé à qu'on ne le lui attribue pas. Elle commit d’autres impairs, notamment sur des figures de danse, et fit rire d’elle discrètement jusqu’à ce qu’Erik s’interposât :

- Vous êtes comme des enfants dans une cour de récréation ! Comment pourrait-elle connaître la programmation et savoir que je ne danse pas Casse-Noisette ? Quant à ce qui se passe en coulisses, quel est l’intérêt pour elle ! Elle aime la danse et l’a dit en termes simples, c’est pour cela que je l’ai conviée. Allez-vous la décourager ?

On rit de sa réponse mais on se modéra tout de même avec elle. Continuant de l’observer, Julian constata qu’elle mesurait toute la distance qui existait en lui et elle. Elle avait beau être ravissante dans sa petite robe bleue, elle n’était pas crédible en partenaire d’un tel danseur. Tout au plus pouvait-elle espérer qu’ils refassent l’amour ensemble. Lui, appartenait à une élite intellectuelle et sociale qui  tire de ses origines tout le profit possible. Il pouvait répondre à Erik sur bien des points. Du reste, radieux, démaquillé et débarrassé de ses habits de danse, celui-ci parlait avec animation et riait. Il maîtrisait désormais le jeu mondain et s’amusait beaucoup. Il était entouré de gerbes de fleurs merveilleuses. Il avait reçu des messages d'encouragements qu'il avait posés sur une table. Ils émanaient de personnalités en vue, hommes politiques, artistes, industriels. Il riait, il avait des mouvements de tête à la fois fiers et gracieux et se tournait souvent vers lui. C’était suffisant pour qu’elle comprenne…Pourtant, elle le surprit.