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De retour à New York après le tournage du film sur Nijinski

en Californie, Erik Anderson retrouve son corps de ballet. Tout serait

parfait si Chloé Farell, la belle Américaine rencontrée sur le tournage, ne s'annonçait...

A son retour à New York, il reprit sa vie professionnelle mais se sentit dès le départ en grand décalage. Il retrouvait pourtant un univers  connu Etait-ce le film qui, avant même d’être sorti, le mettait à distance des autres ? Sans doute. On lui confia d’emblée, pour la saison qui s’ouvrait, une série de ballets difficiles. Il devait ouvrir la saison sur un solo de quarante minutes dont le thème était la recherche de la beauté et serait dirigé par un chorégraphe invité. Il interviendrait ensuite sur une variation sur le pas de deux et apprit qu'il ne quitterait pas la scène alors que ses partenaires féminines varieraient. De nouveau, c'était un chorégraphe invité. Il devrait danser Valse Fantaisie, une chorégraphie de Balanchine qui datait de 1967 et autre qui datait de 1975, Pavane. Enfin, Peter Martins lui donnait Black and White .C'était là un univers qui lui était plus familier, toutefois, il nota que pour ce dernier ballet, ils étaient deux en scène. C'était tout à la fois un couronnement qui sentait la mise à l'épreuve. Après tout, il était parti trois mois durant….Surpris, il fit face et tenta d’endiguer le sentiment qu’il avait de ne plus être vraiment là.

Revenir à New York, c’était aussi se mettre au clair avec sa carrière et il fut vite certain qu’il ne tarderait pas à donner sa démission. Le film ouvrait trop d’opportunités. Il voulait d’autres scènes.

Et il y avait Julian et cet amour qui les liait. Passer de son beau loft au luxueux appartement de son ami ne lui parut pas difficile au début, la mansuétude de celui-ci rendant tout plus simple. En Californie, le danseur avait revu Chloé à plusieurs reprises et n’avait pas fait l’amour avec elle. Le décorateur se contenta de dire à son amant qu’il était un jeune croisé. Ce qui était important, c’était qu’Erik reste très lancé et que ses démons intérieurs fussent muselés. La fille blonde, le photographe ambigu, le metteur en scène frustré, ce n’était pas si grave. Ce qui était important, c’était que le danseur se fut libéré de Mads et de Sonia.

- Je les ai laissés dans le désert.

- C’est une bonne chose.

Le décorateur comprit vite que tout danger n’était pas écarté. Comme il dînait chez Erik un soir, celui-ci parut très résolu :

-Je me suis juré de changer et  te dire la vérité car je te la dois. Chloé Farell a posé une inscription pour une école d'art à New York et une demande de bourse. Elle a eu gain de cause. Elle est ici. Je lui ai donné mon numéro de téléphone. Au cas où elle aurait un peu de mal. Je ne l'ai pas encore revue. Je te dirai.

Le décorateur ne lui répondit pas mais le regarda longuement. Le dîner, cependant, fut gai.