WERNER HERZOG

Devenu chorégraphe à Londres, Erik Anderson, le beau danseur du film sur  Nijinsky, crée  une chorégraphie âpre sur l'énigme de Gaspard Hauser...

 

Autres notes :

Chercher beaucoup : ce garçon seul qui marche dans une ville allemande avec cette pancarte autour du cou est à présenter avec une certaine solennité. J'ai lu que c’était un adolescent d’environ dix-sept ans. Personne ne savait d’où il était venu ; il était lui-même incapable de le dire. Il parlait à peu près comme un enfant de deux ans, ânonnant quelques mots dénués de sens, qu’il répétait d’une façon soit plaintive, soit joyeuse, et qui semblaient être, plutôt que des paroles, des marques de plaisir ou d’angoisse. Il marchait comme un enfant qui fait ses premiers pas, prudemment, en posant le pied à plat, avec maladresse. 

Gaspard est adopté par Daumer. Quand il peut raconter son histoire, ce sera pour dire qu’il a vécu toute sa vie dans un endroit clos sur une paillasse accompagné d’un petit cheval de bois. Un homme venait de temps en temps le nourrir, il l’appelait « Toi ».  D’aussi loin que partaient ses souvenirs, Gaspard s’était trouvé dans une pièce sombre, toujours la même. Jamais il n’avait vu visage humain, jamais il n’avait entendu ni le bruit de ses pas, ni sa propre voix, ni le chant de l’oiseau, ni le cri de l’animal : jamais il n’avait aperçu, ni le rayon du soleil, ni la clarté de la lune. Il n’avait connu que lui-même et ignorait sa solitude. La chambre qu’il habitait devait être étroite, car il se souvenait d’avoir touché une fois, de ses bras étendus, les deux murs opposés. Avant cet événement, elle lui avait semblé immense. Enchaîné, sans s’en rendre compte à sa paillasse, il n’avait jamais quitté le coin de terre où il dormait sans rêve et où il s’éveillait. 

Cette adoption s'est accompagnée d'une exhibition dont, curieusement, il n'a pas paru souffrir. Il n’était pas timide.  Tous les hommes lui semblaient bons et presque tous lui paraissaient beaux. Il trouvait tout naturel qu’un monsieur se plantât devant lui et lût sur une feuille préparée d’avance une interminable liste de noms et de chiffres. Sa mémoire ne le trahissait jamais ; il pouvait tout répéter dans l’ordre dans lequel on les lui avait énoncés. Il remarquait bien à l’étonnement des gens qu’il avait fait une chose surprenante : mais jamais le moindre éclair de vanité ne brillait sur son visage. Il montrait seulement un peu de tristesse, lorsque les gens jamais satisfaits lui posaient et lui reposaient les mêmes questions.

Enfin, cette mort brutale. Singularité d'une situation et d'une solitude et réponses qu'une société donnée peut donner : un lien aristocratique  qui aurait conduit à un abandon :

Le bruit court que Gaspard serait  en fait le fils du prince héritier de la
couronne de Bade, disparu à cinq ans. Tout semble le vérifier. Un homme apparaît alors, un homme à qui il confiera sa confiance, son amour, sa vie. Il est évident que  si Gaspard est réellement le prince héritier, il met en danger la couronne et attire des ennemis de celle-ci.

Se tenir à cela. Toutefois, insister sur un autre lien, plus dérangeant, qui aurait conduit à une exposition.

LA FORTUNE DE GASPARD

Question annexe : le danseur.

Chercher un danseur principal peu séduisant mais qui, paradoxalement, a beaucoup de charisme et attire les regards. Les autres danseurs ont la technique nécessaire mais peu d'éclat, mais bien sûr, ils sont plus beaux et volontaires. J’ai entendu parler d’un danseur mi- japonais mi- américain qui a un nom très bizarre : John-Ryuchi Baynes et je suis allé voir de quoi il retournait. Il est seul sur scène dans une salle londonienne que j’ai mis un temps fou à trouver. Petit, nerveux, surprenant, il danse curieusement sur des chorégraphies qu’il crée et modifie tout le temps. Je veux qu’il soit Gaspard mais je me demande comment je vais le convaincre de quitter sa minuscule scène pour notre beau théâtre. Il se veut très expérimental et pour lui, je suis dans l’institution.

Ballet de cinquante minutes. Dix scènes.

Danseur principal : grande virtuosité.

 

Costumes et décor : dominantes sombres.

Affiche et programmes : minimalisme.

Reçu de John Neumeier : parler à tous les danseurs. Miner. Refaire. Jamais d'emportement. Refaire. Sans compter ce qu'il m'a écrit à plusieurs reprises sur les impératifs d'une chorégraphie et d'un chorégraphe. Être très explicite et donner le souffle nécessaire.

Bases multiples mais Verlaine...

 Je suis venu, calme orphelin, 

Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m’ont pas trouvé malin

….............................

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu’est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !

Alterner scènes de foule où l'étrange innocent est entouré et presque menacé avec d'autres scènes, tout aussi chorégraphiées, où ce même Gaspard est face à ses parents adoptifs. Il devait figurer le trouble, la logique de l'obéissance aussi avant une nouvelle incompréhension.

Travailler désarticulation des mouvements 

Travailler danse sans support musical. Ils ne sont pas habitués.

Forcer sur le mime : ils connaissent mal.

Pour tout ce ballet, penser que l'Esprit est une colombe.

Question annexe : notes chorégraphiques.

Tout dessiner comme il voulait le faire et comme il l'a fait… En face des portées, des postures. C'est simple, non ? Le faire prend un temps infini. Dessiner le ballet.

Ci- joint : le début de la chorégraphie est là.

Noter. Dessiner : je ne parviens pas terminer ! C'est long mais on touche à l'infini.

 Travailler un monde inconnu. Impact ?