Fish Magic Paul Klee

Et comme Guillaume paraissait embarrassé, il lui dit :

- Allons, nous sommes en vacances ! On va courir  et ensuite, je reverrai avec toi le nom des plantes et des poissons ! Je ferai des photos et je les enverrai à Eva ! Je lui ferai des dessins aussi. Elle aime beaucoup !

Ils se changèrent et quand ils se mirent en chemin, Erik, en tenue et chaussures de sport avait l'air aussi jeune que son ami canadien. Ils choisirent une allée forestière et se mirent à courir, assez lentement d'abord, en, mesurant leur souffle puis ils accélèrent. Ils étaient côte à côte et ne parlaient pas. Guillaume avait plus l'air d'un jeune athlète que d'un danseur classique, dans son survêtement gris et il lui semblait, parce qu'il avait un physique plus massif être bien moins gracieux que ce Danois qui continuait de le fasciner, mais plus résistant, plus fort et plus doué pour la vie. Ils parcouraient une belle allée forestière que la lumière diffuse de l'été embellissait et ils emplissaient leurs poumons des odeurs de feuilles, de brindilles, de fleurs et de plantes. Ils allaient ensemble et plus ils couraient, plus s'installait entre une entente discrète, que Larrieu aurait appelé une amitié et à laquelle Erik n'aurait pas donné de nom précis. Chacun sentait l'effort harmonieux de l'autre et de temps en temps, ils se souriaient. Ils poursuivirent encore et encore puis s'arrêtèrent.

En riant, Guillaume dit :

-Tu m'épuiserais, toi, tu sais !

Ils revinrent dans la grande maison. C'était une journée d'été étonnement fraîche et le jeune canadien alla rentrer du bois. Il ferait un peu de feu le soir. Quand il rentra dans la villa, il comprit qu'Erik, dans la salle de bain du bas, prenait un bain joyeusement et entendant le téléphone sonner, il alla répondre. Il ne connaissait pas cette voix mais il eut une sorte de pressentiment ;

- Je dois parler à Erik. C’est très important.

- Mise à part ma famille et ma fiancée, personne n’a ce numéro…

- Oui, je sais. Je l’ai eu par votre famille qui a fini par avoir raison de Nicolas Mills. Vous devez être Guillaume Larrieu.

- C’est exact. Mais vous…

- Je suis Julian Barney.

Que ce soit cet Américain sur lequel Erik était resté très discret, il le savait avant même qu’il se soit présenté. La voix avait des inflexions dures et tristes en même temps mais elle était prenante, presque souveraine.

- Erik est occupé.

- Je vous en prie...Epargnez-moi ce type de défense. C'est urgent.

Guillaume ne tergiversa guère. 

- Je vais le chercher.

Il le fit et Erik comprit d’emblée. Il sortit brusquement du bain, révélant une nudité virile et solide avant de s’envelopper d’une grande serviette blanche. Son visage était fermé. Dans le salon, Il prit le combiné et se montra hautain :

- Pourquoi appeler ici ? Tu as réussi à avoir ce numéro, bien sûr. Rien ne te résiste !

La voix était si cassante que le jeune Canadien voulut changer de pièce. Erik, d’un geste sec de la main, le retint.

- Ce n’est pas le sujet. J’ai été intrusif, c’est vrai mais  tu es peu joignable ces derniers temps et qu’il faut que je te prévienne. Je suis donc passé par Mills puis par la famille de Guillaume. Je ne souhaite pas résider à Londres actuellement car j’ai des soucis de santé.

- J’ai entendu parler de cela.

- Ah oui ? Et ça t’interroge ?

- Oui. Tu es à New York ?

- J’y suis car je ne pouvais faire autrement mais la vente du théâtre est amorcée…Je devrai donc nécessairement retourner à Londres.

- Quoi ! Tu vends le théâtre ?

- Oui. Contacte Christopher pour ce qui concerne ta part. Il peut aussi s’occuper de la vente de ton appartement car je ne doute pas que tu veuilles t’en débarrasser.

- Oui, je comprends.

- Tu aurais bien changé !  Non, tu ne veux pas comprendre. Tu t’en vas, tu envoies ta démission …Tout s'écroule et tu prends un ton sentencieux...

- C’était intenable. Je ne suis pas si…

Tandis que la voix du danseur se faisait plus conciliante, celle de l’Américain devint  plus dure :

- Pas si quoi ?

- Solide.

 - Mensonge. Tu es solide pour ne pas dire invincible...Mais, bon, je ne t’appelle pas pour polémiquer.

- Bien  sûr que si !

- Ecoute-moi : j’ai un  cancer.

- Tu as un….

- Oui, Erik. Je compte sur toi pour trouver à cette maladie une signification symbolique. J’étais méchant, n’est-ce pas !

- Tu es malade…

- Oui. Je te sens surpris.

- Tu dois me tenir au courant. Tu es bien soigné ?

- Ah de la psychologie ! Mais oui, Erik, on s’occupe de moi. Fais le nécessaire avec Christopher. Ne nous complique pas la tâche. Tout ne tourne pas toujours autour de toi, contrairement à que tu t'inténies à penser! Il se peut que la vente tourne à son avantage. Quel bel écrin ce sera pour lui et sa troupe à venir ! Est-ce que ça t’inspire des commentaires ?

- Je ferai le nécessaire.

- A la bonne heure ! Adieu « Jours de lumière ». Bon, Erik, au revoir.