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Tamarin attend depuis longtemps son maître dont il a perdu la trace, au cimetière Montmartre, près de la tombe de Nijinsky. Soudain, le voila !

Ah, bien sûr, ça me touchait qu'il me dise cela et puis je voyais bien qui s'attardait sur sa tombe. Des jeunes, souvent, qui connaissait ses chorégraphies et ses rôles et avait lu son « Journal ». Pas mal de danseurs quand même, je les reconnaissais. Seulement, il n'y avait pas le mien !

Un des derniers jours qu'il me restait à passer là, je me senti las de rester assis. Il faisait froid quand même. Alors, je me suis levé et suis parti faire un bon tour. J'allais assez vite pour éviter de me faire arrêter. J'étais un très beau chien et on s'extasiait souvent. C'est pour ça. Au bout d'une heure à peu près, j'ai fait machine arrière. Cette promenade m'avait ragaillardi et je savais qu'on approchait du moment où Jacquot me donnerait à manger. Je trottinais donc en me dirigeant vers la tombe de Nijinsky en me disant que celui-ci m'avait toujours rassuré pour ce qui était de mon maître. S'il le pouvait, il reviendrait. S'il ne se manifestait pas, ce n'était pas de son fait. C'était gentil de me dire ça mais je voyais bien que Jacquot serait ferme et me mettrait une nouvelle fois à l'abri pour l'hiver.

J'en étais là de mes pensées quand j'ai entendu une voix reconnaissable entre mille !

- "Si tu savais comme je te cherche ! Tamarin, tu es au cimetière Montmartre ! IL ne voulait pas me dire ce qu'il avait fait de toi ! Il y a très peu de temps que je le sais. Et tu es là !"

Je me suis retourné et je l'ai vu. Il était tout pâle et plus maigre que mince. J'ai jappé de bonheur et, s'agenouillant, il a tendu ses bras vers moi.

- "Tamarin !"

Maintenant, il touchait ma truffe et mes oreilles et je lui léchais le visage. On est resté longtemps à se contempler, à se dire notre bonheur puis il a parlé.

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-"Tu dois comprendre. Rien n'était prévu. Un matin, je suis sorti de chez moi en pensant que rien n'allait dans ma vie. Je ne savais pas du tout ce que j'allais faire mais tout d'un coup, je n'y ai plus tenu. J'ai appelé ma mère à Nice et je lui ai dit que j'arrivais. Je suis monté dans le train sans bagage et en te laissant. Une fois arrivé, j'ai compris que je devais rester là et échapper à une vie toxique, mais pour que tu restes pas enfermé, je l'ai appelé, lui, et lui ai demandé de te prendre en charge. J'ai pensé qu'il l'avait fait jusqu'à mon départ pour l'Italie. Je voulais faire du tourisme, prendre du champ. Je l'ai fait pendant quelques semaines mais une voiture m'a renversé. J'ai perdu connaissance bien sûr et on m'a conduit à l’hôpital. Je ne savais plus qui j'étais. Ma mère ne m'a pas retrouvé tout de suite car je n'avais plus mes papiers. Je pense qu'on me les a volés. Je suis resté dans une sorte de maison de santé, près de Grasse, et là, j'étais comme une plante verte. Je regardais le soleil, me nourrissais de lui mais rien d'autre. Je ne savais plus rien de ma vie. Je ne savais plus que j'avais été danseur...Des mois et des mois après, la mémoire m'est revenue. Je ne sais pas pourquoi, Tamarin. Je suis à Paris depuis peu. J'ai récupéré des affaires à moi et pour cela, il m'a fallu le revoir. Ce n'était pas commode...C'est là que j'ai su qu'il t'avait abandonné par vengeance. J'ai mis des annonces partout et je t'ai cherché...J'avais peur qu'on t'ait piqué..."