tamarin bebe

 

1 J'avais un maître...

J'avais un maître, un jeune danseur. Il était beau et terriblement charmant. Mais distrait aussi. On avait beau lui avoir dit que je deviendrais un grand chien, il s'en moquait. Il faut dire que j'étais tout petit, à l'époque où il m'a adopté, et très joueur. Lui, mon maître, il avait un logement aux dimensions modestes. Un salon et une chambre avec une petite salle de bain. On se serait cru dans un placard géant mais comme il était toujours de bonne humeur, moi, j'étais un chiot heureux ! Dans la rue, il faisait des pas de danse. Il lâchait ma laisse et j'aboyais de joie. Sur les quais de la Seine, il dansait aussi. Il le faisait comme ça, par amour de la danse. Certains croyaient qu'il voulait de l'argent. Mais non ! Qu'on imagine cela le faisait rire. Au fond de lui, il était tourmenté mon maître mais il disait qu'il ne dansait jamais aussi bien que quand il était joyeux.

«Tamarin, mon ami, la joie, c'est important ! Ne néglige pas la joie ! Promets-moi que tu ne laisseras jamais aller à être triste. En plus, ce n'est pas beau un chien mélancolique ! »

J'aboyai. Il riait. Nous étions heureux.

Avec lui, j'ai vécu sept ans. Ah, pas dans la grande boite, rassurez-vous ! Je suis un berger malinois. Il s'est bien rendu compte qu'avec ma taille adulte, je serais encombrant dans un petit espace. On serait l'un sur l'autre, quoi ! Et puis, il y aurait les voisins qui se plaindraient car je ferais du bruit...Alors, il a déménagé. C'était mieux et plus grand. Et pas dans le même quartier.

«Tamarin, avant, on était aux Buttes Chaumont. Maintenant, on est près de l'Opéra. J'espère que ça me portera chance ! Je voudrais tant y danser ! »

Moi, je ne lui voulais que du bien à mon maître adoré et je souhaitais qu'il se produise là où il voulait ! J'étais maintenant et quand même sage. Bébé, j'avais fait des bêtises chez lui, faisant pipi ça et là ou lui chipant des choses. Une fois, il avait laissé un tiroir ouvert et moi, j'avais tiré sur une chaussure. Elle était blanche et un peu molle dessus. Je l'avais mordillée et déchirée, croyant qu'il en rirait. A son arrivée pourtant, il s'était plaint :

« Tamarin, c'est un chausson de danse, pas un jouet ! Ce n'est pas bien du tout ! Ne recommence pas ! »

J'avais recommencé avec autre chose. J'étais petit. Je ne savais pas bien me contrôler...

C'était fini tout ça. Le matin et le soir, il me promenait et dès qu'il le pouvait, on partait à la campagne chez un ami à lui. Là, dans le parc, j'avais la belle vie. Je courais partout...