UNE MAISON HANTEE 1

Aïcha et Jean-Louis, les deux fantômes qui hantent l'appartement d''Esther, se sont mariés au milieu des fantômes. L'heure est maintenant aux au-revoirs.

En fin de journée, les silhouettes s'évanouirent l'une après l'autre, me laissant seule avec les mariés. J'étais très émue, comprenant que mon aventure avec eux prenait fin...

-«Tu as été une hôtesse merveilleuse, me dit la danseuse, mais nous n'avons de raison, désormais, de venir en ces lieux puisque nous sommes réunis pour l'éternité. »

-«Nous t'avons fait peur en envahissant ton univers mais tu découvres aujourd'hui que nous ne t'avons jamais voulu de mal. Nous avons admiré ta patience. Sois sans crainte, j'ai désormais Aïcha pour femme et nous ne serons plus jamais séparés. Ce lieu est libéré de l'enchantement qui nous faisait le rejoindre. Désormais, tu y vivras paisiblement ! »

Eux-aussi disparurent et pendant plusieurs jours, ils me manquèrent beaucoup. Puis, le temps passa. Je rencontrai un charmant jeune homme qui devint mon compagnon. Il était lui-aussi de famille pied noir, si ce n'est que ses grands-parents avaient été enseignants à Alger. Plus pratiquante que la mienne, sa famille allait régulièrement à la synagogue. Lui, n'était pas si concerné mais il était respectueux des traditions. Mon père l'apprécia hautement dès qu'il le vit. Ma mère et mes frères suivirent. 

Cet homme qui répondait au prénom de Samuel, s'installa avec moi dans cet appartement. Quand il le vit pour la première fois, il me fit une remarque étrange.

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-«C'est curieux, on tournerait un film moderne sur les fantômes, on pourrait le situer ici. Ça n'a rien d'un manoir hanté, je te l'accorde, mais l'ambiance est un peu déliquescente. Et il y cette lumière si diffuse... »

Personne parmi ma famille et mes amis n'avaient fait la moindre remarque sur mon intérieur, si ce n'est pour le juger agréable et joli. Les propos de Samuel avaient donc de quoi me déconcerter. Inutile de dire, cependant, que je fis mine de prendre à la plaisanterie ce qu'il me disait et m’empressai de le rassurer, quand nous fîmes vie commune. Il suffisait de repeindre les murs de couleurs plus claires et d'adopter un nouvel agencement des meubles, voilà tout. Quant à la lumière, il suffirait d'installer ça et là de belles lampes colorées, et de laisser les rideaux ouverts en saison grise. Des aménagements furent réalisés et mon compagnon en parut soulagé.

Mes très curieux parents eurent droit à une version très comique des propos de mon « fiancé » et eux-aussi rirent beaucoup. Ils furent d'autant plus ravis que ces propos furent tenus lors d'un diner où Samuel leur annonça qu'il allait m'épouser religieusement. Rien de tel pour faire de mon anxieux de père un homme joyeux...

Je fus la seule à voir, dans les temps où se décidait mon second mariage, la silhouette d'Aïcha se glisser dans le salon. Profitant que j'étais seule, elle venait me féliciter et comme à l'accoutumée, les paroles semblaient sourdre d'elle, sans qu'elle ouvrit la bouche.

-Comme c'est beau chez toi maintenant ! Pardon, encore plus beau ! Ton mari est un homme plein d'intelligence. Il sait que nous avons passé du temps ici mais il ne dit rien. Quel tact !

-Il le sait ?

-Ah ! Tu ignores bien des aspects de ton nouvel époux. Il est sensible au surnaturel donc il sait que tu as cotôyé des fantômes. Lui-aussi en a vu, enfant. Seulement, il respecte ton histoire et la nôtre. Jamais il n'ira t'en parler...

-Vraiment?

-Vraiment !

Jean-Claude m'apparut aussi, quelques jours plus tard. Il était heureux pour moi.

-Nous ne viendrons plus. Ce serait délicat avec la vie que tu as maintenant...Et Samuel...

-Il pourrait vous voir aussi...

-Oui mais ça n'apporterait rien de plus. Chacun son histoire.

Et ce fut tout. C'est tout.

Enfin, je veux un enfant et j'imagine que la curiosité de ce couple de fantômes sera la plus forte...

J'espère aussi que, quand le bébé, je serais seule à les accueillir, ces deux fantômes qui ont tant rempli ma vie. N'ayant pu sur cette terre avoir un enfant, ils seront ravis de voir ce bébé qui, au fond, leur doit beaucoup...

Si Samuel est dans les parages, il ne dira rien mais comprendra tout, discret comme il est. Mais il ne faudrait pas que mon père devienne omniprésent avec la naissance de ce petit enfant. Il ferait alors fuir Jean-Louis et Aïcha ! Sans compter que le père de mon mari est aussi envahissant que le mien, si on le laisse faire. 

Heureusement, Samuel est autoritaire.

Alors, les mois passent, mon ventre s'arrondit et j'attends le moment où les deux spectres aimés se pencheront sur le berceau...

Ce sera magnifique, non ?

France Elle