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Hantée par une danseuse des Ballets russes, Louise ne trouve de libération que dans la religion...

La dépression me gagna. Je vis des médecins généralistes, des psychiatres et divers thérapeutes. Je passais du temps à leur expliquer qui était Olga. Ils me prescrivaient des tranquillisants et m'orientaient vers mon enfance. C'était en vain !

Toutes les nuits Olga m'apparaissait et me demandait de l'aider. Elle me parlait de reconnaissance et de réhabilitation. On me soignait sans effet et on me croyait délirante !. Il semblait bien que les craintes de Jeanne se vérifiaient ! Après s'en être pris à elle, cette Olga mystérieuse m'obsédait moi.

Thierry, aux abois, prévint mes parents qui ne surent que faire. Seule la cousine de Nice, dont j'avais gardé un souvenir si froid, fit une proposition. Seule croyante dans l'océan d'athéisme qui submergeait ma famille, elle demanda à mon mari d'aller une certaine sœur Rose-Marie. C'était une douairière qui avait quatre-vingt six ans bien sonnées ! Celle-ci amena mon mari à la laisser venir me voir, ce qui, vu son indifférence au fait religieux, tenait du prodige. J'étais hantée, envahie, possédée par une danseuse russe qui, elle-même, avait dû être envahie...Une chaîne du mal était en place.

- « Et que faire ? », gémit mon mari.

La vieille sœur fut inflexible.

- « Sortez-là de cette clinique où elle dépérit. Je sais dans quelle église, il faudra l'accueillir... »

Une chaîne de prières se mit en place. De maison en maison, ceux qui s'y étaient rallié priaient pour moi, mais aussi pour cette jeune femme russe au passé si troublé.

A l'église (celle qu'avait choisie sœur Marie-Rose), il y eut une belle célébration. Enfin, plus exactement, je la trouvai belle jusqu'au moment où je m'évanouis. A terre, au pied de l'autel, vêtue d'une robe blanche, j'avais l'air endormi. Je souffrais et me convulsais jusqu'à ce que la paix me rejoignit.

J'allais ensuite beaucoup mieux.

Olga m'apparaissait toujours mais de bavarde et vindicative, elle était devenue circonspecte puis muette. Elle se transformait. Figure de harpie d'abord, elle devint une jeune femme russe belle et vivante qui virevoltait et riait dans son tutu blanc. Puis, elle devint une jeune femme blonde vêtue de bleu dans un vitrail. De violente, elle devint douce. Sa hargne tomba. Elle fut une jeune femme dont la vie avait été courte mais mouvementée mais qui, en fin de compte, trouvait l'apaisement.

Dans la dernière image que j'eus d'elle, je la vis dans un cimetière. Sage dans son tombeau, elle n'était plus sensible qu'aux odeurs de l'encens et à la beauté des prières. Elle était délivrée d'elle-même et ce faisant, me soulageait.

Je retournai à la vie. J'en étais sûre.

 Cependant, six mois après ma guérison, je reçus un colis. Il contenait des coupures de presse, des chaussons de danse, un justaucorps et une mèche de cheveux blonds. Il y avait des photographies d'Olga petite fille à Kiev et jeune fille à Saint-Pétersbourg. Un des articles de presse montrait une scène de ballet. La troupe arrivait de Russie ; C'était avant la Révolution. Au deuxième rang à gauche, Olga était reconnaissable. Elle souriait et avait des fleurs dans les cheveux.

 Mon mari s'empara du colis et fit disparaître son contenu. Il avait raison car j'avais reçu un coup au cœur et manqué défaillir.

Nous eûmes un engagement pour Paris et nous partîmes.

Ce fut tout. Ou plutôt, c'est tout. Jusqu'à maintenant...