BalletRusses2 017

Si Olga, la danseuse russe, a, en son temps, sacrifié sa carrière, Louise, la pianiste, doit conduire la sienne aux sommets ! 

 Ce jour là, elle me parla de mon départ.

- « Tu vas avoir de merveilleux engagements ! Tu joueras avec des orchestres divers ! C'est un honneur, tu sais. Je suis si fière de savoir que tu es déjà une artiste accomplie et ne pourras que devenir meilleure ! »

C'était le moment d'en venir aux « artistes » de la famille et donc à Olga. Contrairement à l'habitude, elle ne se défila pas. Elle me présenta une belle jeune fille aux yeux gris, morte jeune, à trente-cinq ans. Je pensai qu'elle me présentait un être doué, attaché à son art, désireuse d'être célèbre et très travailleuse. Sans doute voulait-elle me dire une fois de plus que si cette Olga manifestement douée n'avait pas eu une vie heureuse et une grande célébrité, c'est qu'elle avait fait le mauvais choix en épousant un membre de ma famille. Mais, à ma grande surprise, ma tante Jeanne ne me tint pas ce discours. Elle ne me parla pas du tout de la danseuse pour la présenter comme une artiste bafouée. Au contraire, elle avait été une femme fière et une danseuse accomplie. Elle était admirable de s'être liée aux Ballets russes ! Toutefois, il ne fallait pas se fier à elle. Non, vraiment pas. Elle avait mal tourné en fait...

En termes clairs, après m'avoir fait d'une danseuse morte une peinture élogieuse, ma cousine m'incitait à ne pas être comme elle. Il ne le fallait pas, surtout pas. J'étais une bonne pianiste, une jeune fille posée et raisonnable et je n'aurais pas une carrière avortée. Ce qui en disait long sur Olga !