APPARTEMENT ANCIEN

Louise veut faire des études au conservatoire. Elle deviendra une pianiste solide. Des parentes l'hébergent.

A Nice, je vécus non dans ma famille mais chez une cousine du côté paternel. Elle s'appelait Jacqueline Borella et je n'ai pas grand chose à dire d'elle sinon qu'elle était veuve, aisée et très snob. La quitter fut un bonheur.

A Paris, on me trouva une autre cousine, cette fois du côté maternel. Elle s'appelait Jeanne Deferre et était veuve depuis très longtemps.Elle habitait derrière l'église Saint-Sulpice, et bénéficiait d'un grand appartement plein d'ombre donnant sur un petit jardin. Ce quartier, qui a beaucoup changé, était à l'époque plus silencieux et d'un caractère presque provincial. Ma tante avait chez un piano d'excellente qualité. Mélomane sans être musicienne, elle ne se souciait pas que je joue des heures durant. Souvent sortie, elle s'extasiait quand elle rentrait et s'asseyait pour m'écouter. Être avec elle se révélait charmant. Nous nous faisions confiance et avions de l'affection l'une pour l'autre. Elle me paraissait, par son goût pour la musique classique, l'opéra et le ballet classique, si différente du reste de ma famille que je finis par l'interroger. N'était-ce pas difficile d'être tel qu'elle était alors que dans son univers familial, on ne jurait que par les sciences et la finance ? Oui, sa position n'avait pas été facile et après son veuvage, elle n'avait pas voulu rejoindre le sud de la France ou parents proches et lointains auraient étouffé en elle son goût pour les arts ! En m'expliquant pourquoi elle était restée à Paris, elle me renvoya à une autre figure « familiale », bien plus étrange qu'elle. Il s'agissait d'Olga.