Mädi-17-ans-1931

Louise, très jeune, a une vocation d'artiste. Elle est donc heureuse de découvrir qu'une danseuse des Ballets russes a fait partie de sa famille...

On m'a dit d'une lointaine parente qu'elle avait, en son temps, appartenu au prestigieux ballets russes et dansé avec eux, entre-autre à Paris.

 Je vous avoue que petite fille, cette révélation qui était posée comme une information importante visant à m'apprendre qu'au moins un membre de ma famille avait été sinon célèbre du moins originale et audacieuse, m'avait laissé de toute joyeuse. A dix-huit ans, je venais de passer le bac. Je voyais ma famille élargie comme un ensemble de gens ennuyeux, uniquement préoccupés de faire des études de commerce et de droit. Quelques-uns avaient fait carrière dans l'armée et pour les plus originaux, ils avaient été ou étaient encore architectes paysagistes ou dentistes ! De quoi déprimer...

Je ne pensais, moi, qu'à faire une carrière de pianiste, et je luttais contre les préjugés familiaux entourant toute profession jugée trop « romantique. » Si, dans ma vie, j'ai commis des erreurs, on ne peut nier qu'à cette époque, j'ai fait preuve d'une belle détermination. On m'avait laissé apprendre le piano enfant par snobisme et on s'était peu soucié que, d'après mes différents professeurs, j'aie un réel talent. Aucun ne parlait d'un don exceptionnel qui aurait fait de moi une personne à part heureusement mais il était clair que je pouvais devenir pianiste de concert. Si j'avais eu un talent unique, un vrai don pour la composition, ça aurait été la bagarre générale tant j'aurais rompu avec les codes familiaux ! Le fait qu'on m'appelle au conservatoire de Nice ne déclencha qu'une série d'échauffourées. Mais quand je voulus poursuivre à Paris, mes parents, mes frères ainsi que mes oncles et tantes se déchaînèrent, alternant cris et lamentations. Je tins bon. J'eus raison. La chance était avec moi.