CALIFORNIE PLAGE

Pendant le tournage d'un film en Californie, le danseur Erik Anderson a rencontré une jolie américaine. Retrouvailles lors d'une fête de fin de tournage. Ambiguités;

- Oh non, monsieur trop pressé, on va d'abord à la plage !

La lune était haute et pleine mais le décor restait sombre et ils se plurent à marcher un peu hasard en se tenant par la main. Quand ils atteignirent l'eau, ils rirent comme des enfants. C'était marée basse et les vagues étaient douces. Erik se déshabilla d'abord mais ne se mit pas nu. Elle retira sa robe sous laquelle elle ne portait qu'une culotte haute et blanche. Ils se mirent à nager en s'interpellant et en s'amusant, semblables à deux étudiants qui, pour se délasser de leurs examens de fin d'année, auraient choisi une expédition nocturne sur une plage peu fréquentée. Quand elle se rapprocha de lui et l'enlaça, ils continuèrent de parler et de rire, dans une totale liberté. Puis comme ils sortaient de l'eau, ils furent à la fois plus émus et plus décidés. Ils s'embrassèrent encore et s'allongèrent sur le sable humide. Ils avaient peu de vêtements à retirer mais ils éprouvèrent à ce déshabillage simple, un plaisir infini. Il retrouva le bonheur qu'il y avait à la caresser et à l'embrasser, à rencontrer son regard clair, gai et émerveillé et à la sentir si douce et si humide. Elle était décidée et il était fou de désir mais bien qu'elle fût adroite et généreuse, il ne lui fit pas l'amour. Comme elle semblait déconcertée, il la caressa avec ses doigts et sa bouche et elle se libéra avec grâce. Quand elle se fut apaisée, il s'allongea à ses côtés. Durant tout le temps où ils s'étaient cherché et étreint, ils avaient été absolument seuls mais Chloé, se redressant brusquement, sentit un danger.

- Je crois que d'autres personnes arrivent à la plage.

Ils se rhabillèrent rapidement. La jeune fille entendit une voix amie.

- C'est Alisson, une étudiante. Je la connais bien. Elle n'est pas seule. Écarte- toi. Je vais les occuper. On va se baigner de nouveau. Remonte seul. Je te parlerai plus tard.

Il lui obéit. Quand il revint dans la salle où l'orchestre continuait de jouer, il était passé par une des chambres de la villa où il s'était rincé. Seuls ses cheveux étaient encore humides.

Julian le cherchait :

-Mais où étais-tu ?

- En bas, à la plage. Il n'y avait pas que moi.

- Des filles ?

- Oui, pas seulement. C'est très agréable, tu sais.

- Oui, j'imagine...

Sentant son ami sur le qui-vive, Erik fit preuve d'une extrême prudence et quand il croisa Chloé, ce qui était inévitable, il fit mine de ne pas s'intéresser à elle. Elle eut cependant l'audace de vouloir danser avec lui et tandis qu'il la conduisait, il tenta de rester neutre. Elle ne le souhaitait pas elle-même. Elle le voulait avec violence et se blottit contre lui chaque fois qu'elle le pouvait. C'était doux et très sexuel en même temps d'autant que c'était une danse lente qui incitait à l'abandon, mais il était mal à l'aise. Elle l'envoûtait et il sentait son corps contre le sien ; c'était un corps jeune et ferme, très féminin et délicieusement parfumé. Elle le troublait et le savait, posant sa tête sur son épaule ou agitant ses longs cheveux blonds dès qu'elle le pouvait. Elle parlait beaucoup et à mi-voix, lui suggérant de la rejoindre plus tard, avant que la fête ne prit fin. Inquiet, Il n'était pas sûr de pouvoir le faire. Alors, elle lui glissa sur un morceau de papier un numéro de téléphone qu'il lut deux fois et mémorisa avant de le détruire. Pris d'espoir, il se sentit plus gai avant de se rendre compte que Julian, jusque-là distrait, le regardait. Il n'était pas difficile de comprendre qu'il était en alerte mais Erik ne voulut pas quitter la piste de danse et resta enlacé à Chloé le temps que la musique s'arrêta. Quand ce fut le cas, il chercha son ami des yeux des yeux et plus tard, bien plus tard, alors que la jeune fille l'avait laissé, il le retrouva rieur, courtois et volubile, allant de groupe en groupe et parlant. La nuit s'avançant, il se joignit à lui voulant oublier le regard aux aguets de l'amant qui ne voulait rien perdre puis l'aube venant, ils rejoignirent un jardin tropical. Il y avait peu de monde dans la piscine car la fête se terminait. Le rendez-vous que lui avait fixé Chloé avait justement prévu été prévu à cette heure où tout se désorganise et où tant d'invités ont déjà quitté les lieux tandis que d'autres, plus indécis, cherchent encore quelques distractions. Erik avait vu juste. Il ne pourrait y aller, Julian ne le quittant plus et l'observant.

- Je ne t'ai jamais vu boire autant de champagne. Heureusement que la nuit est finie.

-C'était du Californien mais il était bon. A l'habitude, je bois plutôt du champagne français.

- Ah oui ? Dis-moi, tu as eu des éclipses.

- Oui, je suis allé et venu.

- Comme nous tous. Tu ne te baignes pas de nouveau ? Ils sont plutôt beaux là, et belles aussi, naturellement...

- Vas-y-toi.

- Non, moi, je prends des numéros de téléphone. Tu penses bien ! Je suis le seul ?

Erik se garda bien de répondre.

Comme il rentrait, Julian insista pour conduire, non sans raison.

- Tu as bu et tu n'es plus toi-même. Cette fille blonde, c'était celle de ton arrivée à Corona del mar ?

Le danseur se demanda comment il pouvait bien le savoir mais il acquiesça.

- Tu étais à la plage avec elle ?

- Elle y était, oui et c'est la même jeune fille. On était plusieurs dans l'eau, tu sais…

- C'est bien.

- Tu n'as donc pas fait l'amour avec elle ?

- Non.

- Elle devait en avoir très envie, ça se voyait quand elle a dansé avec toi. Elle a une belle nature, on dirait. Les femmes qui t'attirent sont comme ça, non ?

- Je n'en suis pas sûr.

Curieusement, alors que le danseur s'attendait à une scène de colère, Julian fut patient :

- Tu lui as résisté ?

- Je l'ai embrassée et caressée.

- Oh ! Étape suivante.

- Non.

- Tu ne mentirais pas ?

- Non.

- Quelle fermeté ! Bien entendu, elle ne t'a donné aucun autre rendez-vous ? Je réponds à ta place ?

Il ne restait qu'à soupirer et Erik le fit. Toutefois, sans tenir tête à son compagnon, il resta digne. Ces retrouvailles avec la jeune fille l'avaient mis face à une fidélité qu'il voulait vraie dans le temps même où il était tout en tension amoureuse. Ne voulant pas que le séjour de son ami se termine ainsi et qu'il n'ait plus qu’à le raccompagner à l'aéroport en le laissant dans la crainte d'une nouvelle défection, il chercha une destination insolite qui les mettrait face à face. Être ensemble ainsi valait mieux que sans cesse doutait l'un de l'autre.