Bonjour CHLOE

 

14.Une fête de fin de tournage. Ambiguités amoureuses. 


Quelques jours plus tard, Wegwood l'entraîna à une fête nocturne où se trouverait une partie de l'équipe de tournage. Erik émit quelques réserves :

-C'était un tournage difficile. Je pense qu'on va rester tranquilles !

Mais Christopher, à l'habitude réservé, lui dit :

-Rester tranquilles ! Oh, vous êtes au Carmel ou quoi ? C'est la fin du film, là !

Cette plaisanterie plut au danseur qui, accompagné de Julian, courut à la fête et fut ravi d'y retrouver Enrico, le chauffeur de la production. Ayant rejoint l'orchestre, Il jouait de la guitare électrique et se montrait doué. La salle ouvrait sur le Pacifique et dans la nuit, quand la musique s'interrompait, on entendait son bruissement. Julian avait retrouvé d'autres conseillers techniques avec lesquels il avait une discussion animée tandis, qu'amusé, Erik se promenait d'un groupe à l'autre et dansait, pour une fois gai et délivré. Il y avait dans cette fête, beaucoup de jolies filles, de celles qui mangent peu, s'entraînent dans des salles de sport ou courent de bonne heure au long de la plage. Vêtues de jupes courtes ou de robes moulantes, elles attiraient les regards et créaient une tension érotique, une compétition entre les mâles où chacun d'entre eux tentaient de gagner la mise. C'était insolite après un tel tournage et tant de semaines de labeur, mais piquant, drôle et inattendu. La plupart d'entre elles avaient tourné autour du film : maquilleuses, coiffeuses, habilleuses... Erik les regarda avec amusement puis, voyant qu'il ne jouait plus, se rapprocha d'Enrico. Il était en grande conversation avec celui-ci quand il fut interpellé par une jeune fille blonde: c'était Chloé. Elle était toujours ravissante et vêtue d'une robe blanche courte mais élégante. Elle avait de grandes boucles d'oreille et ses cheveux longs et très blonds, étaient libres. Il fut violemment troublé mais s'efforça de paraître naturel, elle-même semblant très à l'aise.

-Bonsoir, Erik.

-Bonsoir Chloé.

Se rendait-elle compte qu'il avait tant pensé à elle? Elle le regardait avec intensité.

-J'ai su que tu es vraiment danseur classique et que tu tournes vraiment un film. Il y a longtemps que je cherche à te revoir. A vrai dire, j'ai tenté de le faire mais je n'ai pas osé. Quand je t'ai aperçu, tu n'étais jamais seul...

-Je ne savais pas que tu m'avais vu  sinon, je t'aurais parlé. Je ne suis pourtant pas retourné au café. Où était-ce ?

- Ici, à Los Angeles. En fait, J'y habite. Tu sais, je ne suis pas serveuse. Je suis étudiante. Je dois avoir des jobs d'été. J'ai fait une école de dessin et je viens d'avoir mon diplôme. Je me suis renseignée sur les films qui se tournaient dans le coin et je t'ai cherché...

- Ce que tu dis me touche. J'avais envie de te revoir.

Elle l'entraîna dans une partie plus calme de la maison.

-Écoute, j'ai beaucoup pensé à toi.

-Moi -aussi. Le foulard.

Il n'osa lui dire ce que Julian en avait fait.

-Erik, je t'ai vu plusieurs fois avec un homme brun. C'est un ami ou ton ami ?

-Il est mon compagnon.

-Je suis contente que tu sois franc. Je l'ai su, de toute façon. Il est ici ?

-Oui, dans une autre pièce.

-Accompagne-moi dehors.

-C'est risqué.

-Je sais mais je suis quelqu'un de lucide. Le monde dans lequel tu vis, la danse, cet homme qui a l'air si snob et lettré, tout cela est aux antipodes de mon univers. J'aurais été amené à travailler sur ce film, vous m'auriez à peine regardé. Et bientôt, tu pars. Alors, puisque j'ai la chance de t'avoir revu, je t'emmène à la plage...

Elle était magnifiquement tentante et il se sentait bouleversé. Son beau visage ovale tourné vers le sien, elle le regardait avec intensité mais n'insistait pas, ce qui l'amena à céder.

-Bon, d'accord.

Elle eut un rire tendre tandis qu'ils sortaient de l'immense villa.

-C'est une plage privée, tu sais. On ne court pas de danger ! Il y aura bien un vigile ou deux...

Erik qui s'engageait avec elle dans l'escalier étroit qui descendait vers la mer, l'arrêta :

-Quoi, des vigiles ?

Elle rit plus nettement et il l'attira à lui pour l'embrasser. Elle referma tout de suite ses bras sur lui et le serra aussi fort qu'elle put. Il fut envahi de la même excitation violente qu'il l'avait saisi lors de leur première rencontre mais, prudente ou rusée, elle se détacha de lui.