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Et puis, il eut vingt ans et une liaison avec une ballerine : Sonia Areva. Elle avait six ans de plus que lui et venait de Bulgarie. Il était programmé dans  Giselle  avec elle et ils répétaient ensemble. C'est curieux, cette danseuse était déjà là mais il n'avait pas fait attention à elle. Mais, du fait des répétitions, ils devaient se voir beaucoup. Dans le ballet, Giselle est une paysanne qui apprend que celui qui prétend l'aimer est en fait Albrecht, prince de Silésie. Il s'est fait passer pour un paysan. La jeune femme préfère se donner la mort plutôt que de survivre à son déshonneur. Si le danseur incarne un prince travesti, elle n'est que ce qu'elle est. Mais la danse sublime. Elle se montrait magnifique. Ils répétaient ensemble régulièrement et il était évident qu'elle lui faisait des avances. Il le sentait à ses regards mais aussi à la façon dont elle travaillait avec lui. Leurs corps changeaient. La ballerine qui figurait une personne blessée, humiliée se montrait invitante et c'est lui qui s'inclinait... Il résista un temps mais Sonia, qui avait de l'expérience, n'était pas femme à laisser échapper un danseur aussi beau et singulier qu’Erik. Elle fit donc ce qu'il fallait et ils eurent une liaison. Erik ne savait pas ce qu'était l'amour d’une femme et il ne voyait pas Sonia comme une prédatrice. Pour lui, c'était une femme entreprenante et cela tombait bien car il était réservé ! Il la trouvait belle et elle l'était avec ses yeux verts à l'éclat unique, son corps mince et fuselé et ses boucles châtain clair. Elle s'habillait joliment, aimait les bars et les boites de nuit, les repas improvisés à deux heures du matin, les cigarettes et les discussions à bâtons rompues. Elle trouvait normal de parcourir le Danemark pour aller à des fêtes et elle traînait Erik dans les boutiques de mode. On était en 1980 et toute une façon de vivre, de s'habiller et de manger arrivait des États-Unis, ainsi qu'une façon d'être sexuelle. Erik, qui n'avait jamais vu quelqu'un comme elle, tomba fou amoureux. Sortant de sa réserve, il parla ou écrivit aux siens. Au téléphone, Irina, fut froide. Svend et Claire auxquels il avait présenté la danseuse, furent polis mais sur leurs gardes. Kirsten, devenue professeur de français, montra beaucoup de froideur. Devant Sonia, ils furent tous réticents mais il ne voulut pas s'en soucier. Il la voyait comme un être exceptionnel. C'était une bonne danseuse et une belle femme. Intelligente, curieuse de tout, elle était gaie et sensuelle. Elle faisait l'amour très librement et ne semblait pas avoir beaucoup de tabous. Elle lui plaisait tellement qu’il voulait l’épouser, pensant qu’elle serait l'autre versant de son couple puisqu'il était, lui, plus introverti et silencieux. En outre, ils étaient tous deux danseurs et cela lui paraissait extraordinaire. Il est quasiment impossible de transmettre à un profane ce qu'une discipline comme la danse classique peut apporter mais si l'on s'éprend de quelqu'un qui est dans le sérail, alors, tout change !