STANFORD 2

A Stanford, il s'efforça de tenir son rang. Il y avait beaucoup d'écrivains dont certains avaient une carrière bien plus prestigieuses que la sienne. Il ne fallait pas s'en laisser compter et se tenir sur ses postions. Il le fit. On lui trouva un esprit brillant.

Au volant d'une vieille voiture rouge, Niels vint le chercher. Qu'il était changé ! Il avait désormais beaucoup d'assurance, celle qui est liée au bonheur.

-Alors tu danses ?

-Une petite compagnie. Tu nous verras demain. C'est bien !

-Ton petit ami ?

-La quarantaine. Il croit en nous. Il a raison, tu verras.

-Ne fait-il pas plus que croire en toi ?

-C'est quelqu'un de droit. Il mérite le respect.

-Et l'amour ?

-Ne commence pas, Daniel.

Niels ! Sa beauté s'était affirmée même si elle restait un peu lunaire. Il n'avait pas commis l'impair de la mettre en avant comme garantie de son succès mais au contraire, il la contrôlait, gardant ses distances et aimant le silence. On devait le respecter d'être ainsi et le juger fascinant...

Le lendemain, comme convenu, il les vit sur scène . Quatre danseurs. C'était plutôt bien. Niels avait dérivé vers la danse contemporaine mais il rayonnait. Aucun faux pas. Impossible de ne pas être admiratif. Impossible également de ne pas être sensible à l'admiration que les autres danseurs lui portaient. Daniel en fut conscient quand il dîna avec eux. De façon singulière, pourtant, Niels était seul...

-Et lui ?

-Pourquoi le rencontrer ?

-Tu peux donc rester avec moi dans ce logement que tu m'as trouvé à Nob hill. Non ?

-Elle est incroyable, cette maison, tu as vu. Hitchcock aurait pu la filmer dans Vertigo...Cette façade jaune et ces grandes fenêtres...On s'attend à voir paraître Kim Novack, tu ne trouves pas ?

-Niels...

-Rester tout le temps avec toi, non.

-Cette nuit, tu peux. Alors, tu le fais.

Déjà, il l'attirait à lui et l'embrassait. Déjà, Niels lui répondait. Ils s'aimantaient comme jadis. Ils feraient l'amour toute la nuit.

Webster, qui avait pu se méprendre sur la réserve de son compagnon, était rassuré. Outre son compagnon attitré, il avait peut-être de nombreux partenaires de son âge. N'étant plus jeune, Lui, Daniel pouvait paraître fade...Il n'était peut-être plus le partenaire que Niels réclamait... Mais non, il était parti prenante.

-Je reste une semaine. On se voit tous les jours. Tu dors ici. Il faut que je te prenne le plus souvent possible.

-J'en ai très envie aussi.

-Niels, tu te souviens...

-Ne crains rien. Je n'ai rien oublié...Je t'en prie, embrasse-moi...

STANFORD 3

Assez curieusement, tout se passa bien. Niels et Daniel se mirent à beaucoup errer dans une ville splendide où tout était à découvrir. Le sexe revint entre eux, très violemment, les faisant se jeter l'un contre l'autre, s'embrasser, se lécher, se caresser, se prendre. Dans l'appartement, Daniel évitait les lumières fortes pour créer une ambiance étrange. Il avait débarrassé un dressing qui lui servait de salle pour leurs ébats et il y entravait Niels avant de le conduire graduellement au plaisir. A l'extérieur, il laissait le jeune homme trouver des endroits isolés où il arrêtait sa voiture pour ouvrir les vêtements de son amant et le caresser. Délaissant son compagnon, le danseur ne rentra pas chez lui, passant avec Daniel tout son temps. Il avait beau avoir changé, être admiré et affectivement sécurisé, il redevenait celui qui attire et l'autre celui qui prend dans ses filets. Au bout du compte, Niels ne comprenait même plus pourquoi il s'était tellement dérobé à celui pour qui il était fait.

-Il ne servait à rien de t'échapper ainsi.. .

-Non, à rien.

-Mais tu veux rester ici et danser ?

-Oui.

-Fais-le mais n'aie pas de compagnon.

-Je m'en séparerai.