MAISON PROVENCE

Elle suggéra une maison d'accueil dans le sud de la France, près de Cotignac, dans le Var. Irène y mènerait une vie tranquille dans un cadre enchanteur. Il y a avait là du personnel médical certes mais la plupart étaient des religieuses qui avaient fait des études.

Cette proposition fit sursauter Catherine. A sa connaissance, sa sœur Irène n'avait jamais eu vraiment la foi et puis, le Var, c'était loin. Pierre, qui n'était pas sans conviction religieuse, trouvait l'idée tentante mais cette Marianne Sauveterre sortait de nulle part. Il n'avait jamais entendu parler d'elle et se méfiait. La Marianne en question avait prévu les attaques qu'elle recevait. Elle montra des photos où Irène et elle avaient dix puis douze ans, et jouaient au sortir de l'école. Jeunes adolescentes, elles étaient encore amies et, séparées par un grande distance puisque Marianne était partie dans le sud, elles s'étaient longtemps écrit. Sans rien ajouter de plus, elle laissa une brochure de l'institution qu'elle recommandait et plusieurs numéros de téléphone où la joindre.

Irène ayant paru heureuse en voyant des photos de Cotignac, on en conclut qu'elle souhaitait y aller. Pierre fit une visite rapide dans des lieux qui lui plurent et il y retrouva cette madame Sauveterre qui se montra très attentive. Après avis médicaux, Irène fut transférée dans cette belle institution varoise où d'emblée, elle fut paisible.

Elle se mit à lire et à marcher. Elle joua du piano et aida au jardin. Confusément, elle retrouva peu à peu des bribes de sa vie, se revit enfant à Paris puis jeune fille quand elle étudiait farouchement la musique. Elle renoua avec ses deux mariages, avec ses succès et ses insuccès passés et au fil du temps, elle put reconstituer son histoire. A quelques détails près cependant. Concernant Cannes, elle retrouva bien dans sa mémoire l'Académie Fontana rosa et l'appartement qu'elle occupait alors. Elle se remémora les six jeunes gens promis à un bel avenir de danseur, pour lesquels elle avait joué du piano pendant les cours mais concernant Anaïs et Niels, elle se souvint juste qu'elle les aimait plus que les autres. Dommage qu'elle les ait perdus de vue !

A Paris elle avait repris sa carrière puis était tombée malade. Une enterrée vivante, une vivante morte, voilà ce qu'elle avait été des années durant et c'était tout.

rRESIDENCE LP

Martine Sauveterre qui cherchait toujours à savoir ce qui était vraiment arrivé à ses patients pour qu'ils perdent ainsi toute conscience, aurait sans doute repéré quelques indices utiles à une meilleure approche d'Irène si elle avait eu connaissance de deux romans américains traduits en français qui abordaient le thème de la possession démoniaque. Un jeune homme brillant mais vulnérable, une femme qui était aux abois et un homme prêt à contrer les forces de l'ombre, voilà qui aurait pu faire naître un sursaut chez Irène. Il lui était arrivé quelque chose de terrible que son amnésie occultait mais qui sait ? L'esprit humain est tortueux, elle finirait par parler...Cette ténacité finirait par porter ses fruits. Et ce serait le cas en effet quand, au terme d'un cheminement tortueux, Irène finirait par rendre limpide tout ce qui était confus...