WEBSTER POSSIBLE

Dans le huit clos d'un appartement où régnait une belle lumière dorée, le danseur découvrait un nouveau type de relation à la fois amoureuse et sexuelle. Car il voyait bien qu'avec Webster, il ne séparait pas l'un de l'autre. Ils se séduisaient mutuellement certes et ils assouvissaient leur désir respectif mais ils se guettaient, s'observaient et s'attendaient. Jamais Daniel ne le tirait brutalement du sommeil pour le prendre et jamais, s'il était éveillé et savait son amant au travail, il ne songeait à aller le déranger. Il se prenait à attendre de lui parler d'un film qu'il avait visionné ou d'un livre qu'il commençait à lire. Il aimait attendre l'appel de l'amant qui l'incitait à le rejoindre dans la cuisine pour l'aider à préparer le repas ou à venir pendre un bain avec lui. Il pouvait se reposer sur Webster et même s'il revenait au fait qu'il n'avait guère d'autres choix, il devait reconnaître que l'Américain avait mis un nom sur son mal être et s'était engagé à l'aider...L'alliance qu'il avait avec lui était vertigineuse...

Puis tout bascula. En répétition, un jour, Niels se blessa. Daniel dut le récupérer aux urgences.

-Je m'inquiétais ! Tu n'as pas prévenu ! Je te punirai.

-Je suis tombé...

-Je le vois bien. C'est elle. Me croiras-tu à la fin !

-Mais Daniel, je fais tout ce que tu dis !

Chez lui, Webster gronda.

-Cette Diavelli, tu l'a considérée comme inutile certes mais tu n'as cessé de l'admirer et de la plaindre ! Ta cheville est abîmée, ta rééducation sera longue et cette fois, tu vas être immobilisé pour un temps, Niels ! Tout ça, c'est ton orgueil !

-Ma carrière !

-Ne dois-tu pas lui dire adieu !

Niels éclata en sanglots.

-Toute ma vie, toute ma vie j'ai voulu...Pourquoi être si cruel, Daniel !

-Il va falloir aller plus loin, bien plus loin ! Il y a ta mère qui ne cessait de geindre, cette femme à Cannes et cette garce au Danemark...Trop de femmes maléfiques qui te suçaient le sang ! Sans parler d'elle !

Daniel l'installa dans l'autre chambre et le laissa seul avec ses fantômes intérieurs.

-Je ne dors plus avec toi ?

-Non.

-Tu viendras...

-Tu plaisantes, j'espère ! Ta cheville est plâtrée. Dans quel monde vis-tu ?

Mortifié, Niels, qui n'avait pas le droit de recevoir des appels, resta à la merci de son amant qui fermait toutes les portes à clé quand il quittait l'appartement. Il devrait contrer ses fantômes, la pianiste surtout et il leur livra bataille. Il reçut d'étranges traitements, dut réciter d'incompréhensibles prières et manger des aliments que son amant chargeait positivement. Dans l'obscurité de la chambre où il se sentait abandonné, le danseur peinait à rester intact. Deux forces colossales s'opposaient et il était l'enjeu. Il se plaignit.

-Je n'y arrive pas...

-Mais si ! Tu vas mieux.

-Ma cheville se remet un peu.

-Je ne parle pas de ta cheville. Je vois que tu as compris. Là, tu m'obéis.

-Tu ne veux pas...

-Quoi ! Non mais quelle obsession ! Je te lave, te soigne, je te nourris, je viens t'aider dans tes devoirs et tu es là à quémander une étreinte...

Niels baissa la tête et se pinça les lèvres. Il était d'une beauté réelle mais défaite qui excitait les sens de Webster. Il faudrait le faire attendre encore et là, il livrerait ce qu'il retenait encore...

 

niels POSSIBLE

-Je vais devoir t'attacher les mains cette nuit encore, tu irais te caresser et je vais t'installer dans le salon avec moi le jour. Comme ça, je serai bien sûr que tu ne fais rien...

Au fil du temps, l'esprit de Niels s'éclaircit.

La mère dépressive s'éloigna de lui tout comme la fantasque mais calculatrice Alexia. Deux folles, deux hystériques. Monica, qui représentait une bienveillance temporaire, fut oubliée. Quant à Irène, qui incarnait l'adroite cruauté d'une artiste qui a perdu son talent, elle perdit quasiment la partie...

-Parfait, dit Webster, en palpant le corps de Niels, parfait ! Il y a bien la région du foie où je la sens encore mais pour le reste, elle t'aura vraiment déserté...

-Mais il avait ces petites amoureuses qui ont traversé m vie de Niels, jusqu'à cette Liza que j'ai éconduit et cette autre fille avec qui je n'ai rien pu faire. Toutes à rejeter. Toutes condamnables...Je suis encore fautif !

Qu'il était agréable de constater à quel point ce bel et ombrageux Niels se montrait contrit, à quel point il voulait lui plaire ! Daniel en était étourdi !