SIRENE

Un an environ après son séjour chez Diane Webster, il s'aperçut qu'on projetait dans une petite salle du village, une série de courts métrages de Daniel. Ils étaient différents de ceux qu'il connaissait et il alla les voir. Il leur trouva la même tonalité cruelle et le même désenchantement qui l'avaient déjà laissé perplexe... Quelques jours plus tard, il trouva en librairie, un roman qu'avait écrit cet homme taciturne. Une femme âgée mourait sordidement, abandonnée de tous. Cette description d'un univers sans espoir lui déplut et il vit là comme un appel. Tout d'un coup, l’œuvre de cet homme étrange lui revenait... Il tenta de se rassurer : il avait résisté à l'attirance violente qu'il avait éprouvée pour Webster et n'avait eu qu'avec lui qu'une très brève liaison. Il avait pris ses marques et se félicita de sa clairvoyance. Il venait de rencontrer une jolie américaine qui vendait des diamants. Elle admirait l'artiste qu'il était. Restait à être courtois, patient et déterminé...

Toutefois, au fond de lui, Niels doutait que tout fût terminé avec les Webster. Il ne se trompait pas. Il reçut bientôt une invitation pour le vernissage d'une exposition de toiles de Diane, dans une belle galerie de Soho. C'est elle-même qui l'invitait.

Vous semblez sorti de vos ennuis, Niels ! J'en suis heureuse. Venez voir mes œuvres...

Il ne pouvait refuser et se crut assez fort pour s'y rendre seul. Très entourée, Diane, vêtue d'une de ses belles robes aux lignes pures aux couleurs frappantes qu'elle aimait, l'accueillit chaleureusement. Ses lèvres étaient peintes du même rouge que sa robe plissée...

-Je reste quelques jours à New York. Nous devrions nous voir, Niels. Demain, j'ai une place pour Le Lac des Cygnes où vous danserez le prince mais ensuite...