MD5

 Il avait douze ans quand Alexia fut en mesure de lui accorder une bourse. Il l'avait stupéfaite lors des entretiens qu'elle avait vus avec lui car sa violence était très contenue et son envie d'apprendre immense. Il avait dansé pour elle. Il était encore jeune mais à son âge, certains, bien mieux entraînés, dansaient bien mieux. Seulement, il avait le feu ! Ce qu'il fallait, c'était lui donner une formation plus solide qui s'accorde avec sa scolarité. A l'âge de seize ans, il tenterait un concours difficile pour intégrer un centre de formation où, s'il réussissait, il serait fin prêt pour accéder au Ballet royal de Copenhague. En quelques années, on aurait fait de lui, un vrai danseur classique.

Tout cela, elle le lui avait expliqué, comme elle le rencontrait pour la première.

-Tu devras travailler très dur et apprendre les bonnes positions, avoir les bons réflexes...

-Il n'y a pas des écoles où on est pensionnaire ?

-Tes parents seraient d'accord ?

-Non. Mais vous leur parlerez...

-C'est déjà fait. Ils pensent que tu es très jeune.

-Ah ! C'est définitif, alors...

-Pour l'instant, c'est compliqué. Mais en même temps, tu es pris en charge maintenant et ça les met face à leurs responsabilités. Tu vas dans une nouvelle école de danse et pour que tout aille bien, tu changes d'école. Quand on saura que tu suis un entraînement de haut niveau, on ne pourra plus se moquer de toi parce que là où je t'envoie, tout le monde n'entre pas. Avec tes parents aussi, ce sera différent.

-Mon père...

-J'ai compris qu'il se montrait agressif avec toi mais crois-moi, te mettre des bâtons dans les roues n'est pas dans son intérêt. On va attendre de toi un bon niveau scolaire et tu reçois une formation élitiste sans qu'il ait à la payer. S'il n'est pas d'accord, il s'en mordra les doigts.

Il s'était mis à rire, Niels, quand elle avait dit ça. Quel étrange garçon c'était là...Mais doué et d'une beauté encore enfantine si touchante.

Tout s'était déroulé à merveille : le changement d'école, le nouveau centre chorégraphique et les bons résultats. Thüre, pour la première fois de sa vie, avait commencé à se dire qu'il n'avait pas misé sur le bon cheval. Niels avait l'air de s'en tirer bien mieux que Maja en fin de compte car celle-ci ne faisait plus grand chose. Quant à Anna, elle soufflait. Il avait enfin cessé de la critiquer car elle encourageait un bon à rien. A ce qu'elle comprenait, c'était plutôt le contraire.

Très bon dans cette école de danse.

Mauvais caractère mais très bon.

Il faudrait qu'il ait ce concours. Le Ballet Royal de Copenhague était en ligne de mire.

Mais, un soir qu'il roulait ivre, Thüre était mort... 

md 4

Anna n'avait pas voulu rester au Danemark et à Paris, ça avait été infernal.

Monica Revel était une amie de jeunesse d'Anna. Elles s'étaient connues à Paris très jeunes à une époque où, pleines de naïveté, elles rêvaient de leurs vies futures. Anna était attirée par l'Europe du nord. Elle y ferait des voyages, sac au dos, et rencontrerait l'amour. Monica, elle, avait déjà envie d'être une artiste sans savoir que ses spectacles mêlant mime, chanson et textes comiques ne seraient jamais que confidentiels. Certes, leurs relations étaient très distantes mais elles n'avaient jamais disparu. Alors, pourquoi pas ? L'actrice, en tout cas, avait été très réactive. Il fallait faire vite pour Niels et ne pas le laisser avec cette mère dépressive. Du reste, après quelques tergiversations, elle avait dit oui...En Méditerranée, Niels serait heureux quoi qu'on en dise. L'une et l'autre tenaient à ce qu'il le soit.

Alexia fut décontenancée par le départ de ce garçon de quinze ans au corps mince mais ferme et entraîné. En même temps,elle fut soulagée. Elle avait aimé l'enfant qu'il était avec générosité mais elle avait perdu ses garde-fous au fur et à mesure que les années passaient. Il commençait à violemment la troubler. Mieux valait mieux qu'il fût loin.

Niels, lui, voyait les choses différemment. Il avait trouvé une fée marraine, adroite et généreuse et s'il avait un pouvoir sur elle, c'était celui de la combler. Ne répondait-il pas par son talent à ses attentes ? N'étant pas vil, il mesurait sa chance. Cette femme l'aidait vraiment. Quant aux autres, cette artiste assez solitaire et cette pianiste qui semblait s'être réfugiée à Cannes, elles étaient dans son sillage mais n'avaient pas son importance.

Et puis, elles étaient plus donnait...

Il ne le fit pas car il croisa la route d'Alexia Hubbe. Elle avait été en son temps fugaces.

La reine, c'était Alexia.