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Très élitiste au départ, cette danseuse exigeante et hautaine qui visait la perfection, s'était adoucie. Elle avait cinquante sept ans et après une carrière plutôt brillante, elle avait appris à se soucier de ceux pour qui la danse est tout mais qui sont totalement desservi par leur environnement. Quand on est une enfant de la balle qui grandit dans un univers où tout le monde fait de la danse classique, passe par le conservatoire de musique ou fait une école de chant très recherchée, on ne se rend pas forcément compte de sa chance. Bien sûr que tout n'est pas si simple puisqu'il faut convaincre de son talent et être à la hauteur des espoirs mis sur vous mais tout de même...Elle avait été entraînée par sa mère et sa grand-mère qui toutes deux avaient été danseuses classiques et encouragée par son père dont la réputation de chef d'orchestre dépassait le Danemark. Il lui avait été facile d'aimer les arts puisque les Muses aimaient sa famille et des années durant, elle avait vécu dans un univers fermé, dansant impeccablement puis recevant les applaudissements comme un juste dû. A quarante ans, elle se produisait encore en solo mais avait compris que son riche mariage lui offrait un échappatoire non négligeable. Il était bon de se retirer petit à petit du monde de la danse en continuant à vivre dans un monde doré fait de croisières sur des bateaux de luxe, de vacances dans les îles grecques et de séminaires sur la sculpture où son mari, lui-même sculpteur de renom, se taillait la part du lion. Mais ce rôle de maîtresse de maison et d'épouse attentionnée avait trouvé sa limite une après-midi où elle était tombée sur un documentaire qui l'avait retourné. Dans une des banlieues de Johannesburg, de jeunes danseuses avaient décidé d'ouvrir des cours pour des élèves sans le sou qui vivaient le plus souvent dans une grande précarité. Ces cours, basés sur une discipline complexe et un travail régulier auraient dû être voués à l'échec mais le contraire s'était produit. Ces jeunes garçons et ces jeunes filles s'étaient mis à fréquenter régulièrement les classes de danse et avaient rivalisé d'application. Au bout de cinq ans, grâce à des fonds privés, l'école s'était dotée de plusieurs salles et d'un petit théâtre où, en fin d'année, les élèves offraient un spectacle de fin d'année. Ce qu'elle en vit stupéfia Alexia. Au Brésil, à Rio de Janeiro et Afrique, à Dakar, elle vit que des initiatives similaires avaient vu le jour...

Que fallait-il en déduire ? Qu'il fallait peut-être qu'elle sorte du sérail dans lequel elle avait placé la danse classique... Tout le monde, au Danemark, n'était pas ouvert à cet art si particulier et par ignorance ou méconnaissance, il se pouvait qu'un candidat ou une candidate à une bonne formation ne dépasse jamais deux ou trois leçons et perdent toutes ses chances alors qu'il ou qu'elle avait un potentiel...

Rompant avec ses habitudes, Alexia se renseigna partout, créa un réseau de danseurs ou d'amoureux de la danse qui se mit au travail. L'objectif était d'aller partout et de repérer des jeunes qui avait besoin d'être aidé. Elle mit en place une fondation et se prépara à aider à faire carrière ceux et celles qui auraient repérés...

C'est ainsi qu'on finit par lui signaler un certain Niels Lindhardt, dont les dons étaient certains, mais la famille hostile à la danse. La situation était si tendue qu'à chaque cours, on se demandait s'il viendrait...Ce n'était pas faute d'avoir parlementé avec ses parents...