recluse

Tant qu'elle eut des nouvelles de Niels, elle tint bon. Il n'était pas bavard mais gardait le contact. Londres lui plaisait beaucoup. Il s'était fait suffisamment repérer pour attirer les rôles titres dans la compagnie pour laquelle il travaillait. Il n'avait que vingt ans, était étoile et ne désespérait pas d'atteindre ainsi le but qu'il s'était fixé : New York. On ne lui connaissait pas de liaison fixe mais il était encore très jeune. Qu'il soit seul était le meilleur pour lui. Il focalisait les désirs et les attentes, les rêveries les plus romantiques et les rêves les plus crus. Et pour les chorégraphes, c'était un creuset...Il donnait envie d'être inventif …

Puis, brusquement, il ne répondit plus à ses messages. Il devait avoir oublié cette période cannoise où elle jouait du piano tandis qu'il s'entraînait. Il ne pensait plus à son récital, ni aux fêtes qui avaient marqué la fin de l'année et à leurs conversations dans les café. Il oubliait. Puisque les contacts étaient rompus, Irène pensa l'espace d'un instant qu'elle oublierait le jeune danseur. Elle irait mieux, elle redeviendrait sereine. Mais au fond, cela ne servait à rien. Sans qu'elle eut conscience, elle était rivée à lui et cette maladie qui la prenait ne cessa pas, bien au contraire, puisqu'elle était le signe d'un attachement profond. Percluse de fièvre, elle s'alita souvent. Les cauchemars déferlèrent. Dans l'un d'eux qui revenait sans cesse, elle usait du corps de Niels comme d'une combinaison intégrale. Il suffisait d'en descendre une longue fermeture éclair pour s'y glisser. Loin d'être une seconde peau, c'était la peau elle-même. Elle était l'autre, elle était Niels. Parfois, elle rencontrait des obstacles : les parents du danseur ou Monica. Elle devait se battre mais finissait par l'emporter...

Irène était certaine que Niels restait lié à elle. Il sentirait qu'elle pensait à lui et réapparaîtrait. Il danserait à Paris. Ce serait bien...Cependant, il n'en fit rien. Le temps passant, fort de ses succès anglais, Niels parvint à décrocher un contrat non à New York mais à Boston. Fou de joie, il prépara son départ. Dans le temps où il le faisait, Irène parut s'absenter d'elle-même. Elle était incohérente mais n'étant pas jugée dangereuse, on lui fournit des aides et la laissa chez elle.