ALEXIA

Une lettre d'Irène vient troubler Niels, le danseur que l'écrivain Daniel Webster a conquis. Ainsi, tout ne serait pas joué...

Elle devait être dans le sud de la France, avait contacté Monica par laquelle la lettre était arrivée. Elle donnait son adresse. Il pouvait l'appeler. Éperdu, Niels se dit qu'il ne lui restait plus qu'à partir pour la France. Retrouver cette femme éprouvée, voilà ce qu'il devait faire. Il en profiterait aussi pour voir sa mère à Paris. Elle lui lançait depuis longtemps des appels timides mais il se rétractait.

Toujours confiant, il pensa que sa rectitude et son sens de l'obéissance suffiraient à aveugler Daniel. Mais ce dernier était si apte à discerner le moindre changement d'état d'esprit chez son jeune amant qu'il fut immédiatement aux aguets. Que tramait Niels qui semblait soucieux de s'isoler pour téléphoner et envoyer des messages ? Le danseur habitait désormais un grand deux pièces dans le quartier du Castro. En son absence, Daniel y prenait ses aises. Il y fouillait souvent et discrètement, redoutant que Niels lui cache quelque chose. A la lecture de la lettre, il fut pris de fureur et annonça à Niels son immédiat départ pour la France.

-Mais comment ça, tu pars ?

-Des idées pour un nouveau roman.

-Tu veux écrire un roman qui se situe en France ?

-J'ai ça en tête mais on verra. De toute façon, les Américains adorent ce pays. Tu ne savais pas ?

Le danseur était très ennuyé. Il avait lui-même un billet.

-Quoi ? Tu ne dis rien.

-Daniel, j'ai renoué avec ma mère. Tu sais, elle est guérie mais pas si bien portante.

-Et tu as pris tes dispositions pour la revoir ?

Niels rougit violemment mais son amant le prit dans ses bras et le cajola.

-C'est naturel. Tu iras la voir. Nos dates ne concordent pas et je ne serai pas avec toi.

Webster affichait un air sûr de lui qui était assez intriguant. Mais en même temps, Niels ne pouvait que faire profil bas. L'important était qu'il le laissât aller en France et ne s'enquit pas d'un projet autre qu'un séjour à Paris. Les livres de Daniel se vendant très bien, il gagnait de l'argent. La troupe de Niels en manquait parfois et l'écrivain fournissait des aides substantielles. En outre, il était aimant à sa manière rugueuse et autoritaire et au delà des rituels et des manies étranges, le danseur prenait la mesure d'un tel attachement. Il était sombre mais réel.