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Irène Diavelli, pianiste qui a interrompu sa carrière, donne un concert à Cannes au profit d'une école de danse.

Les applaudissements crépitèrent dès qu'elle eut cessé de jouer. L'enthousiasme était tel qu'elle dût accepter des rappels. Elle les limita à trois. On l'admirait, elle le sentit. On ne l'avait pas jugée à sa vraie valeur, elle le comprit aussi. Elle régnait et s'imposait. On la supplierait désormais, tout au moins de programmer un autre récital...

Elle gagna la salle de réception où elle eut hâte de rencontrer les six jeunes danseurs pour lesquels après tout elle venait de se battre. Les dirigeants de l'Académie mirent leur point d'honneur à les lui amener, ce qui l'amusa. Elle les intimidait mais réussit tout de même à parler avec eux. Son but secret est de parvenir à voir seul à seul Anaïs et Raphaël. Malgré la foule, la presse et les sollicitations multiples, elle réussit à obtenir d'eux des rendez-vous. Pour la ballerine, ce serait tout d'abord un dîner de famille mais in serait suivi d'un déjeuner à deux. Pour le jeune danseur, ce fut directement un rendez-vous dans un café tranquille. Il le lui accorda sans ciller ni démesurément sourire. Il était fier ou mal à l'aise. Elle ne savait que choisir.

Les journaux cannois l'encensèrent. Elle donna quelques interviews.

-Vous avez dit arrêter votre carrière de soliste pour avoir perdu le feu sacré...

-Je ne l'ai pas dit exactement comme cela.

-Était-ce autre chose ?

-Je voulais une excellence qui ne s'accommode pas de la permanence.

-Et vous avez préféré rejoindre d'autres musiciens...

-En quelque sorte.

-Mais lors de ce concert, ce feu, vous l'avez retrouvé ! Vous pourriez de nouveau affronter de grandes scènes...

-Affronter...

-Le verbe vous déplaît ?

-Un peu. Mais vous avez raison !

-Le ferez-vous ?

-J'ai la conviction de cette école de danse peut permettre à certains de se préparer à aller très haut. Cela m'a motivée.

-Alors, vous resterez....

-Je ne sais pas encore. Pour le moment, je viens de faire cette incroyable découverte. La promesse d'une récompense pour le vrai talent et la redécouverte du mien...

Irène, en lisant ses interviews, se trouva caricaturale. Elle faisait l'apologie de l'Académie Fontana rosa dont elle savait bien qu'elle ne pouvait concurrencer une de ces redoutables écoles de danse liées à des opéras, comme il en existe dans les grandes capitales. Mais qu'importait...

Elle reçut des courriers privés émouvants et enthousiastes et fut recontactée par des musiciens avec lesquels elle avait joué un temps. Ils s'enquerraient d'elle et de son éventuel retour à Paris. Allons, elle n'avait que cinquante-quatre ans ! Sa prestation avait été enregistrée. Elle se vendait. Ils étaient admiratifs. Cannes ! Qu'elle cesse de se plaindre des pluies parisiennes et fasse preuve de réalisme. Pendant plusieurs années, elle avait eu son lot de soleil et de méditerranée. Mais l'art n'attend pas...

Elle sentait bien que sa vie pouvait changer. Mais il y avait ces jeunes gens, ces mois de travail et ces concours qu'ils présenteraient.

Et avant cela, ces rencontres seul à seul où elle les verrait enfin de plus près.

Ces cauchemars s'estompaient. Elle rêvait de danse. Anaïs et Raphaël interprétaient des pas de deux...Elle s’émerveillait et se lamentait. Elle les préférait dansant en solo.

Lui surtout.