le-chant-germain

A New York, Erik se remit à vivre chez lui. Le beau loft qu’il avait longtemps occupé avait été remplacé par un bel appartement avec terrasse dans le sud de Manhattan. Il était sobrement meublé mais disposait d’un piano ; Erik s’était remis à la musique et prenait des cours à domicile. Des mois durant, il fut comme transparent. Julian, qui savait que sa chatte Isabel était morte, lui offrit un très beau chat norvégien puis, pour faire bonne mesure une jolie chatte de gouttière. Erik, trouvant que son chat se trouvait vraiment magnifique, le jugea suffisant et l’appela Dorian. La chatte, simple et ravissante, prit le nom d’Anna, en hommage à Anna Pavlova. Ce fut par ses chats que le danseur finit par se reprendre. Il les observait, absorbait leur énergie et leur douleur et profitait de leur tendresse. A Julian, il parla tout de suite du Chant du Compagnon errant.

-Je suis l’un des danseurs.

-Choix redoutable, mais oui, bien sûr. L’autre danseur ? Le chorégraphe ?

-Je voudrais faire venir Zacharie Hayes ; plusieurs de ses chorégraphies ont été présentées au New York City ballet.  Le second danseur, je vais voir…

-Comme tu voudras.

-Ni l’un ni l’autre ne font partie de la compagnie.

-Je m’en doute. Je respecte tes choix.

Chaque que le danseur revenait de Californie, Julian redoutait que la vérité n’ait enfin éclaté. Chloe serait devenue bavarde. Il était chaque fois surpris que rien ne se passe ; son amour possessif pour Erik devenait une longue souffrance. Un jour, le danseur saurait.