ANAIS

Dans ce bel espace, Irène passa une belle soirée. Le salon était vaste et lumineux. Il donnait sur une terrasse qui, en belle saison, offrait une vue splendide sur les îles de Lérins. On était là dans un univers qui échappait à toute contrainte matérielle et elle se laissa aller avec bonheur en échangeant avec des hôtes qui faisaient tout pour lui plaire. Il lui tardait malgré tout de rencontrer seule à seule la ballerine, pour mieux la sonder...

-Mes parents sont terriblement bavards, n'est-ce pas ! Je sais que vous voudriez que nous parlions davantage. Je dors souvent rue d'Antibes, chez ma grand-mère maternelle. On peut se rencontrer chez elle si vous voulez. Ne vous inquiétez pas : elle est souvent absente de chez elle !

C'est ainsi que la jeune fille lui proposa une première entrevue.Elle était rieuse Anaïs, et très à l'aise dans le cossu appartement de Delphine Filistreli, sa grand-mère qui cherchait à rajeunir en s'achetant des tailleurs et des robes « faisant jeune » et en se ruinant en produits de beauté.

-Vous savez, Irène, mes parents rêvent pour moi d'une grande compagnie internationale. En réalité, moi, je souhaite me faire engager par les Ballets de Monte-Carlo. Jean-Christophe Maillot, le directeur artistique, mon père le connaît plus ou moins. Je dois vous avouer que c'est là mon grand rêve...

-Monte-Carlo ? Vous passerez une audition ?

-Oui. J'aurais dix-huit ans fin juillet prochain. Je ferai encore quelques stages intensifs et passerai en effet une audition.

-Vous semblez très sûre de vous, comme si tout était acté...

-Et pourquoi tout ne le serait-ce pas ?

-Et les autres scènes ?

-Il y aurait bien Milan ! Seulement, il faut que je sois sûre que Roberto Boyle m'attende...