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Chloé était perturbée mais combattive. Sachant que Julian séjournait à Hambourg, elle alla le surprendre à son hôtel. A la réception, elle demanda s’il était là. Il y était : on le prévint. Elle le vit apparaître dans le hall.

-Mademoiselle Farrell…

-Il faut qu’on parle.

-On peut peut-être se dire bonjour d’abord ?

-Bonjour. Ne restons pas ici, allons dans votre chambre.

-C’est vous qui décidez ?

Cette fois, il était sûr de lui.

-Ce sera une discussion privée.

-Venez, suivez-moi.

Julian occupait une suite luxueuse. Manifestement, l’argent ne lui faisait pas défaut. Ils s’assirent dans le salon. Elle apprécia son élégance vestimentaire. Il ne devait jamais s’autoriser à être mal vêtu, mal rasé et peu à son avantage. Il portait un costume sombre, une chemise blanche sans cravate et des chaussures marrons ; c’était une mise simple mais il devait s’habiller sur mesure. Se sentant observé, lui aussi la détailla. Elle portait une robe d’hiver noire, de collants rouges et des bottines de la même teinte. Elle avait ôté son manteau gris. Les cheveux libres, elle portait de belles boucles d’oreille en argent et s’était maquillée joliment. Son fard à lèvres rouge sombre mettait en valeur la pâleur de son teint. Jolie femme, vraiment.

-Eh bien, je vous écoute.

-Vous venez voir Erik de plus en plus souvent…

-J’aime le voir. Et quand je m’annonce, il ne dit pas non.

Elle pâlit.

-Vacances allemandes ?

-Mais ce qu’il fait ici est passionnant ! Ce chorégraphe ! Vous savez qu’il apprend beaucoup auprès de lui. Chorégraphier ne s’invente pas.

-Erik veut devenir chorégraphe ?

-Vous ne le savez pas ?

-Il en parle comme de beaucoup de choses. Il est toujours fourmillant d’idées mais il change souvent d’avis aussi.

-Oui mais là, j’ai un projet professionnel auquel je voudrais l’associer. C’est très solide, très concret.

-Je sais, il me l’a dit.

-Bien sûr, c’est un projet en gestation mais tout avance très vite.  Et pour le reste, vous êtes au courant…

-Oui, tout est très clair. Vous devez être content !

-Je parlais de son retour à New York ?

-Moi non. Ce retour se confirme ?

-Oui, c’est le sentiment que j’ai. Mais vous voulez peut-être boire quelque chose ? Un café ? De l’alcool ?

-Il est dix heures du matin.

-En ce cas, le café, c’est mieux.

Il alla lui en faire. Elle l’observa. Il gardait sa force, son magnétisme et sa beauté patricienne. Il la servit.

-Erik me dit qu’ici, vous vous en tirez bien à Hambourg.

-C’est vrai. Mais il ne serait pas contre le Ballet de San Francisco. Il a déjà pris contact avec cette compagnie. Nous attendons la réponse.

Il fit la moue.

-Erik ? A San Francisco ? Je doute que ça ne l’ait jamais intéressé. Ce que je vais lui proposer à New York sera autrement exaltant. Et puis, je vous avais recommandé à un éditeur à New York et cela a bien fonctionné. Je ferais de même. Vous aurez un emploi bien rémunéré.