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La fille aînée de Nijinsky.

Kyra Nijinsky est une figure impressionnante. Ce n'est pas nécessairement ce qui est écrit sur elle, c'est moi qui souligne. Quand elle naît, en 1913, son père n'a pas encore basculé dans la maladie. Il est marié à une aristocrate hongroise, Romola de Pulszky et le couple mène une vie cosmopolite. Théoriquement, Nijinsky ne travaille plus pour les Ballets russes et veut mener une carrière en solo. Ses extraordinaires dons de danseur et son charisme manifeste peuvent lui faire prétendre à une grande carrière sur les scènes internationales mais il n'a aucun sens pratique et est fragile nerveusement. Les ennuis s'accumulant, Nijinsky tombe malade. A partir de 1917, la vie de la "famille Nijinsky" est très éclatée. Le danseur malade est hospitalisé, le plus souvent en Suisse. Romola se déplace beaucoup pour que reste vivante la mémoire du grand danseur. Elle cherche des aides financières aussi...La petite Kyra est très vite mise en pension. Vive mais instable, elle s'est tournée  très vite vers la danse classique obeissant sans doute aux lointaines injonctions de son père qui souhaitait qu'elle embrasse cette carrière. Alors qu'elle était encore très jeune et qu'il pensait faire carrière à Paris, ne voulait-il pas qu'elle suive les cours de l'école de l'Opéra ? Jeune fille, Kyra ressemble d'ailleurs beaucoup à Vaslav : même forme de visage, mêmes yeux, même intensité...

On la trouve seule à Berlin en 1931 et elle danse dans la compagnie d'Ida Rubistein, dirigée par Bronislava Nijinsky, la soeur du grand danseur. Elle se produit dans plusieurs spectacles mais je n'ai lu nulle part qu'elle ait rencontré un succès phénoménal. Une danseuse qui se produisait avec elle, Vera Zolina, é écrit à son sujet : "Kyra est issue d'un monde exotique et malheureux".

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Plus tard, on la retrouve à Londres et elle danse toujours. Elle a étudié avec Nicolaï Legat, maître de ballet russe et Lubov Egorova, une ancienne ballerine de la compagnie de Diaghilev. Elle a donc les compétences d'une danseuse classique. On la trouve certes dans une revue appelée "Streamline" mais Marie Rambert l'engage pour le Ballet Rambert. Elle est la jeune fille du "Spectre de la rose" et une nymphe dans "L'Après-midi d'un faune". On lui confie bien sûr d'autres rôles. A cette période, on note que c'est une danseuse qui comprend instinctivement comment utiliser ses émotions. Des photos de l'époque la montre déguisée en faune ou en spectre et posant comme son père...J'ai lu aussi qu'il lui arrivait de s'entraîner non en tenue de danseuse mais de danseur...

Après cela, Kyra voyage et mène une vie de bohème. On la signale en Suéde.Elle a de très mauvais rapports avec sa mère. Quant à son père, il est cloîtré dans sa maladie. 

On la retrouve à Budapest, en 1936. Elle épouse Igor Markevitch, compositeur et chef d'orchestre. Igor a travaillé pour Diaghilev quand il était encore très jeune. Sachant à quel point l'imprésario russe aimait jouer les pygmalions auprès d'hommes jeunes et brillants et quelle pouvait être la nature de ses relations avec bon nombre d'entre eux, on peut se livrer à quelques conjonctures...

Le mariage ne tient pas. Vaslav, le fils que Kyra a eu de ce mariage reste avec son père qui fait une belle carrière comme chef d'orchestre. Il se remarie. PLus tard, Vaslav devient peintre.

De nouveau, Kyra disparaît. En 1958, elle est à Rome où elle travaille comme interprète. On la retrouve ensuite près de San Francisco où elle s'est rapprochée de l'ordre des franciscains...Elle s'est mise à peindre. Elle s'intéresse à l'ésotérisme.

La fin de sa vie est marquée par la maladie mentale. Elle meurt en 1998.

 

 

KYRA NIJINSKY

Kyra Nijinsky et Erik Anderson, dans le roman.

Dans le livre, le danseur Erik Anderson tourne un film sur la danse où les ballets et le "Jounal" de Nijinsky sont essentiels. Le tournage se déroule dans les environs de Los Angeles. A l'époque, la fille aînée du grand danseur vit en Californie. Sa contribution au film est jugée essentielle. C'est pourquoi, on compte sur elle. Kyra a accepté d'intervenir mais s'est reprise. Elle a déjà tourné dans un film en 1981, "Elle danse seule" et se rétracte car elle n'a pas un bon souvenir de l'expérience. L'équipe de tournage est mal à l'aise et il est décidé qu'Erik, qui danse dans le film plusieurs rôles de Nijinsky, la rencontrera. Il se déplace donc et il réussit à la convaincre de changer d'avis...

Kyra est celle par qui Nijinsky est donné au héros de livre. De ce fait, elle est incontournable. C'est une grande figure de femme déjà marquée par la maladie mais c'est en même temps, la mémoire vivante de Nijinsky...Par elle, Erik entre dans le "Journal", danse différemment et entre dans la grandeur du danseur russe. Il entre aussi dans sa folie...

Kyra lui montre des photos et lui prête un livret. Son rôle est double. Elle libère et enferme en même temps ce jeune danseur tendu vers elle...

Il va de soi que si j'ai mené des recherches sur la fille aînée de Nijinsky et vu ce film déjà lointain, je la présente comme un personnage fictif. Il faut en ce sens excuser certaines appropriations et accepter que la peinture de cette femme ne soit que ce qu'elle est. Elle est en tout cas un hommage à celle dont la vie a dû être traversée par le génie et la maladie de son père et qui a malgré tout tenté de s'exprimer de multiples façons...